ÉLOGE FUNÈBRE

Enfant de La Seyne et fils d’un des plus anciens élèves du collège (le pharmacien Alexandre Joseph Beaussier) Charles Eugène Félix vint tout jeune à Sainte-Marie prendre la place de son père. Il y fit toutes ses études et en sortit bachelier de philosophie en 1904.

Après avoir fait son service militaire dans l’infanterie coloniale, il se fixa aux Chantiers de La Seyne, tout près de sa mère, veuve depuis quelques années, dont il était la consolation et le soutien.

Mais la guerre arrache les fils à leurs mères et Charles Beaussier partit à son tour, prêt à faire en tout et partout son devoir.

Il était caporal brancardier au 34° régiment d’infanterie coloniale.

Dans les loisirs forcés de l’hiver l’âme poétique et rêveuse de notre Charles se surprit, comme autrefois sans doute sur les bancs du collège, a faire quelques vers. Nous avons eu connaissance d’une petite poésie intitulée : « Les Aumôniers » où la délicatesse des sentiments s’exhale dans une forme si pure que nous n’hésitons pas à la reproduire ici. On y verra que la bonne semence n’avait pas été jetée en terre ingrate, et que le brancardier savait apprécier à sa juste valeur le dévouement apostolique dont il était chaque jour le témoin.

A Monsieur l’abbé de Beaumont, aumônier de la 65e division :

« Les Aumôniers »

Calme, les yeux perdus dans un rêve profond, Sans souci du fracas énorme du canon, 

Un homme errait, le soir, sur le champ de bataille, Courbant de ci de là sa haute et fière taille.

Je le vis se pencher vers un soldat mourant, Le baiser sur le front, lui parier doucement, 

Puis s’en aller, grandi, vers une autre misère A laquelle il disait : Dieu te regarde, espère !

Ses gestes étaient doux ; son œil apitoyé Semblait pour ces mourants dire au Seigneur : Pitié

Et j’ai vu bien des bras se tendre vers ce prêtre. J’ai vu des corps meurtris la douleur disparaitre

Parce qu’il leur parait ainsi qu’à des enfants Avec des mots très doux, comme font les mamans.

Il leur parlait de Dieu, du Dieu de leur enfance, De Celui qui de tous partage la souffrance, 

Et lors qu’une âme, enfin, vers le ciel s’envolait  Il me semblait qu’alors son front s’auréolait.

Soyez bénis de tous, héros obscurs et braves, Vous qui semblez grandir quand les heures sont graves.

Des mères les regards vous suivent pas à pas, Car votre geste aimant adoucit le trépas

Vous qui bravez sans peur la mitraille et les flammes Pour mettre aux pieds du Christ une ample moisson d’âmes.

Calmes, les yeux perdus dans des rêves profonds, Sans souci du fracas énorme des canons,

Ces hommes vont, le soir, sur le champ des batailles. On croit voir dans la nuit, quand ils courbent leur tailles,

Le geste auguste et beau de rudes moissonneurs Gerbant pour le Bon DIEU des âmes et des cœurs.

Sur le front, le 26 Juin 1915.

L’abbé de Beaumont, on le voit, était l’ami de Charles Beaussier.

Malheureusement un jour vint où ils durent se séparer et l’aumônier ne put assister aux derniers moments de celui dont il avait su gagner la confiance.

Dans une lettre qu’il écrivait à Madame Beaussier (Magdelaine Marie Geneviève Madeleine CURET 1861-1943) nous trouvons la confirmation de l’estime qu’il avait pour son fils.

« Madame, lui écrit-il, votre fils est une nature d’élite, avec laquelle j’aimais à m’entretenir.

Son colonel et ses officiers m’en ont parlé avec beaucoup d’éloges et j’ai été heureux de constater que tous partageaient l’estime et l’affection que j’avais pour lui. »

En Juillet 1915, Charles Beaussier, toujours dévoué dans l’exercice de ses fonctions, se distingua plus particulièrement encore que de coutume en soignant des blessés « sous un bombardement intense et presque ININTERROMPU. »

Sa belle conduite lui valut une citation à l’ordre du régiment.

Mais après avoir échappé à bien des dangers, il fut un jour grièvement blessé. Ce fut le 8 juin dernier (1916). « Il avait assuré son service malgré un violent bombardement » ainsi qu’en témoigne la seconde citation dont il a été l’objet. Transporté à l’hôpital il dut subir l’amputation d’un bras et d’une jambe ainsi que l’énucléation de l’œil droit. Mais il ne put survivre à de si graves blessures et à de si atroces douleurs, et après un mois de souffrances il mourut.

« Il est mort en héros et en chrétien » écrivait un de ses compagnons d’armes.

« Intelligent, bon et dévoué, écrit un autre, il avait tout pour lui; nous le pleurons comme un frère. »

Ses dernières paroles furent pour sa mère qu’il avait tant aimée. Dans presque toutes les lettres qu’il lui adressait il lui disait: « Maman, ayons confiance en Dieu, nous nous reverrons. »

Quand il n’y a plus place ici-bas pour le revoir terrestre la pensée du revoir éternel est bien consolante. C’est cette pensée, qui console aujourd’hui la pauvre mère et lui donne la force et le courage pour supporter jusqu’au bout le douloureuse séparation.

Cité à l’ordre du régiment :

« Sur le front depuis le début de la campagne, a fait preuve, en diverses circonstances, des plus belles qualités de dévouement, s’est distingué particulièrement pendant la période du 1e au 8 Juillet 1915 où, sous un bombardement intense et presque ininterrompu, il a aidé à soigner une grande quantité de blessés évacués sur le poste de secours. »

Décoré de la médaille militaire : 

« D’un dévouement à toute épreuve, a été très grièvement blessé le 8 Juin 1916, en assurant son service malgré un violent bombardement. Dut subir l’amputation d’un bras et d’une jambe ainsi que l’énucléation de l’œil droit. »

Beaussier Charles Eugène Félix, caporal-infirmier au 34e régiment d’infanterie coloniale. 1885-1916

Voir : https://www.laseyneen1900.fr/2024/07/10/les-beaussier/

Sources

Entre nous (Archives I.S.M)

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