L’Eden-théatre

 « …Dès la première moitié du XIXe siècle, la soif de culture des Seynois est grande, car des spectacles d’amateurs (le fameux Théâtre Chichois, les mimes Onofri) se déroulent couramment dans des hangars ou des entrepôts proches des premiers chantiers de construction navale, notamment rue Rousset qui s’appelle d’ailleurs alors rue de La Comédie.

Rappelons aussi que la philharmonique La Seynoise*commence son existence non-officielle au début des années 1830 dans une simple remise de la rue des Aires, aujourd’hui rue Gounod. »

« …Construit en 1891, place de la Lune, par le Seynois Louis Abran*, l’Eden Théâtre, ou Eden-Concert, ou Théâtre de la Lune, joue un rôle considérable pendant plus d’un demi- siècle dans les domaines artistiques et culturels. C’est un vrai théâtre, avec scène et coulisses, pouvant accueillir des troupes théâtrales. Sa création est sans doute liée au développement touristique de la commune, à partir de la station climatique d’hiver créée par Michel PACHA*, à partir de 1880. »

Jean-Claude Autran et Marc Quiviger

Voici ce qu’écrivait en 1892 dans « Le Seynois » Henri Pétin* pour l’ouverture de l’Eden Concert (il sera maire de La Seyne en 1904, mais il était aussi Auteur de théâtre et de chansons sous le pseudonyme d’Henri de Mamers) :

« 19 décembre 1891

Aujourd’hui samedi a lieu l’ouverture de l’Eden Concert. Nous n’avons pas voulu passer cet événement sans donner à nos lecteurs quelques renseignements sur le nouveau théâtre. Nous allons donc les prier de nous suivre à travers ce vaste établissement et nous allons leur en présenter brièvement les parties principales.

D’abord la scène. La scène est vaste, bien aménagée, et construite dans d’excellentes conditions. Les décors dûs à la brosse de M. Allard, trouveront facilement place dans la « cour » et le « jardin »; quant aux »fermes », elles seront à leur aise dans les hautes frises, qui sont surmontées d’un réservoir d’eau, destiné à inonder la scène en cas d’incendie. Les loges d’artistes, situées dans l’aile droite du théâtre, sont larges et bien aérées; en outre. leur éloignement de la scène met les artistes à l’abri d’un sinistre, improbable grâce aux précautions prises, mais c’est un souci que l’on a bien fait de prendre en considération. La scène déborde dans la salle de quelques mètres. Elle est bien limitée par une rampe à gaz, mode d’éclairage adopté.

De cette sorte de promontoire. nous pouvons admirer la salle. Elle est séduisante. Il se dégage de l’ensemble une impression de fraîcheur et de coquetterie des plus agréables à l’oeil. Le plafond est très joli. Il est discrètement peuplé de sujets charmants et son fond s’harmonise à merveille avec les côtés. Le cadre de la scène est couronne par une allégorie représentant la musique et ses attributs. sur le cadremême, les armes sevnoises reposent sur des palmes vertes.

Autour de la salle, sous les vitraux de verre dépoli, d’où coule une lumière douce et blanche, les portraits d’hommes célèbres resplendissent dans leurs médaillons. Du centre du plafond tombe un lustre superbe, suffisamment élevé pour ne pas gêner les spectateurs des galeries. Deux avant-scènes sont gracieusement réservées par la Direction : l’une est mise à la disposition de la Municipalité, l’autre est offerte à M. Lagane, Directeur Général des Forges et Chantiers de la Méditerranée. (Nous ne pouvons qu’applaudir à cette délicate attention). De ces loges, nous traversons les galeries, et des galeries nous pénétrons dans le foyer, qui est à l’avenant de la salle, c’est en faire l’éloge. Extérieurement, l’Eden Concert a le meilleur aspect et l’élégance de la façade fait augurer favorablement de la coquetterie intérieure.

Puisque nous sommes à l’extérieur, annonçons que le béal de la place de la Lune sera recouvert sur toute la longueur de la façade du théâtre. L’Eden Concert ne contient pas moins de douze cents places, dont quatre cents pour les pourtours. En le construisant, M. Abran a répondu à un véritable besoin de la population seynoise, il a comblé une lacune. Les délicates fonctions d’administrateur et de régisseur général seront remplies par M. Audemard, l’excellent baryton. L’orchestre ne comprendra pas moins de quinze musiciens, confiés à l’habile Direction de M. Hervé. neveu du célèbre compositeur, et qui sera secondé dans ses fonctions par M. Righette. Le spectacle de l’Eden Concert sera des plus attrayants et la troupe nous parait des mieux composées...

Nous sommes certains que ces excellents artistes se montreront dignes de l’accueil sympathique qui leur est réservé par le public seynois. A la première… A bon semeur, bonne récolte. »

Henri Pétin

Dans Le Petit Var (20 et 21 décembre 1891)

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26 décembre 1891

*Louis Abran, à l’état civil Basile Marius Louis Abran, (1852-1915) est l’un des deux fils d’Isaac Vincent ABRAN* (1823-1891) cordier, domicilié place Noël Verlaque en 1896, membre honoraire de la Philarmonique La Seynoise*, et donc le petit-fils d’André Vincent le maître cordier* du quai de la Lune.

1896 Au recensement de la place Noël Verlaque : Basile 43 ans directeur de l’Eden, sa femme Clémence 42 ans et leurs 6 enfants.

1896

1920 Eden-Concert, place Noël-Verlaque, directeur : Della Guardia

1923 Eden-Concert, place Noël-Verlaque, directeur : Brocard

« …Cette salle de spectacles ne sera rebaptisée Comedia qu’après la guerre de 1914-1918. Elle permit pour la première fois aux Seynois d’assister à des spectacles de qualité. Pendant plus d’un demi-siècle, cette structure apporta à la population seynoise de grandes satisfactions par l’extrême diversité des spectacles qu’elle lui offrit : opéra, opérettes, pastorale…, et les amateurs de bel canto ne manquaient pas d’applaudir les ténors de l’époque, Ansaldi en particulier, ou des chanteurs de variétés comme Mayol, ou des comiques troupiers avec les Ouvrard, Dranem, Fortuné,…(LB)

et même un artiste local, Né-Pla*...

*Nous sommes en 1918. Un seynois de Tamaris, Joseph André Plane (1900- 1978) est à peine majeur et déjà engagé à l’Eden Théâtre. La salle de spectacle, alors située place de la Lune, recrute « Né-Pla » pour son répertoire de chansons satiriques entonnées sur des espagnolades. (Né-Pla », un hommage, une création de La 7e Vague) 

Au bénéfice des familles des victimes de la catastrophe de Courrières* (1906)

« Les spectacles, les réunions publiques, les conférences, les concerts s’y multiplient. La population vient applaudir Jean AICARD (poèmes et pièces de théâtre : Le Père Lebonnard*), la célèbre Pastorale Maurel. Les amateurs de bel canto vinrent applaudir les ténors de l’époque, ANSALDI en particu-lier, des artistes music-hall avec les POLIN, DRANEM, OUVRARD, MAYOL, les frères FORTUNÉ, Les musiques locales La Seynoise, l’Avenir seynois, y jouent, y tiennent leurs galas annuels. On y joue des opérettes (Les Noces de Jeannette), des opéras, même (Faust). On y célèbre avec ferveur les fêtes franco-russes de 1893* où nos musiques locales y jouèrent les meilleurs morceaux de leur répertoire.

On y danse (des marathons de danse mémorables y ont lieu 1936 et 1937), on y donne des galas divers, des fêtes humanitaires, des spectacles de cirque avec acrobates, jongleurs, tireurs d’élite, des combats de boxe anglaise, etc. La matinée de music-hall du dimanche après-midi est alors sacrée pour de nombreux pères de famille qui s’y retrouvent, sans leur femme et leurs enfants (car nul n’aurait osé contester que le dimanche leur appartenait), après diverses parties de chasse ou de pê-che, des concours de boules ou concours de quadrettes, des parties de dominos ou des parties de piquet, des défis au billard ou au jacquet.

Sur la fin de sa carrière, l’Eden-Théâtre change de nom. Il devient le Comoedia. La nature de ses programmes se met au goût du jour. On y assiste de plus en plus à des spectacles de music-hall.

Puis vient le cinéma parlant qui remplaça le cinéma muet; puis vint le cinéma en couleur avec un premier film, très émouvant : Fleur de Lotus (1922).« 

Jean-Claude Autran et Marc Quiviger

Fleur de lotus (1922)
Ici on joue un film de science-fiction/aventure « Fatty fait de l’auto »

Mais le Comedia fut pulvérisé par une bombe lors du bombardement du 29 avril 1944. » (LB)

A son emplacement, se trouve aujourd’hui un immeuble de 4 étages avec, au rez-de-chaussée, Office Municipal H.L.M., 17 rue Camille Pelletan. » (Jean-Claude Autran et Marc Quiviger)

laseyneen1900.fr/2022/11/03/a-propos-du-patronyme-abran-a-la-seyne/

Sources

Archives familles seynoises

dossiersinventaire.maregionsud.fr

Wikipedia

jcautran.free.fr/archives_familiales (MA)

Histoire générale de La Seyne sur mer 1965 Louis Baudouin (LB)

Catherine Gervois

seynoise.free.fr/seyne_ancienne_et_moderne/chapitres_baudoin

 seynoise.free.fr/seyne_ancienne_et_moderne/filet_du_pecheur/1982

Les anciennes salles de spectacle de La Seyne sur mer Rencontre-débat à la Maison du Patrimoine 2013 (Jean-Claude Autran et Marc Quiviger)

La Seyne méditerranéenne (Patrick Martinenq)

Né-Pla », un hommage, une création de La 7e Vague (la-seyne.fr)

Iconographies Christian Calabrèse

Généanet

Delcampe

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