Le Bazar de la Charité est une vente de bienfaisance organisée depuis 1885.

Le 4 mai 1897,

Dans les beaux quartiers du 8ème arrondissement, la bourgeoisie et la noblesse parisienne s’est réunie pour un grand évènement caritatif.

Ils sont plus d’un millier conviés à ramener des objets d’arts, des bijoux ou des meubles pour une vente au profit des pauvres. Installés dans un bâtiment éphémère de 80 mètres de long décoré comme le Paris médiéval, la fête bat son plein.

On peut d’ailleurs y découvrir une vraie révolution pour l’époque : une projection de films des Frères Lumières !

Un cinéma de fortune était en effet installé sous un appentis, avec toutes ses réserves d’oxygène et d’éther. Le drame, lui, survint vers 16h, lorsque le projectionniste voulu recharger ses machines.

L’assistant gratta une allumette pour lui donner de la lumière, mais l’appareil mal isolé prit instantanément feu, entraînant avec lui tous les gaz stockés dans la pièce. … l’incendie se propagea aux boiseries, aux plantes, mais surtout aux robes à crinolines des nombreuses femmes présentes… Incapables de fuir

La garde du patrimoine*

C’est la combustion d’une lampe à l’éther qui provoqua un incendie et en un quart d’heure seulement, tout s’enflamme. Le bilan est terrible : 125 morts et 250 blessés.

Dans les éphémérides d’un Seynois (Honoré Besson)

Ce drame marqua profondément les esprits. La principale raison est l’identité des victimes. 

95% des invités (et donc des victimes) étaient des femmes. On compte parmi elles des religieuses, des enfants, des dames de familles influentes… La duchesse d’Alençon, princesse de France et soeur de Sissi l’Impératrice, y trouva aussi la mort.

En plus du caveau de la Ville de Paris, une quarantaine de ces victimes reposent au Père-Lachaise.

Victimes de l’incendie

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Photographie de Sophie-Charlotte, duchesse d’Alençon, en 1886 – L’incendie du Bazar de la Charité à la une du « Petit Journal » du 16 juillet 1897 © Josef Albert/ulstein bild via Getty Images – Art Media/Print Collector/Getty Images

« Comme une véritable traînée de poudre dans un rugissement affolant, le feu embrasait le décor, courait le long des boiseries, dévorant sur son passage ce fouillis gracieux et fragile de tentures, de rubans et de dentelles. On vit un spectacle inoubliable dans cet immense cadre de feu formé par l’ensemble du bazar, où tout brûle à la fois, boutiques, cloisons, planchers et façades, des hommes, des femmes, des enfants se tordent, poussant des hurlements de damnés, essayant en vain de trouver une issue, puis flambent à leur tour et retombent au monceau toujours grossissant de cadavres calcinés ».

Le Figaro du 5 mai 1897

« L’impact fut tel que beaucoup y ont prédit la mort du cinéma, une invention qui n’avait alors que deux ans. Les frères Lumière travailleront d’ailleurs à l’amélioration de leurs lampes pour éviter un nouveau drame, et des salles dédiées, plus sécurisées, commencèrent à voir le jour ».

*Suite à cet incendie lors d’une projection avec un appareil Joly-Normandin, Louis Lumière mit au point un dispositif à ballon de verre empli d’eau qui empêchait l’échauffement de la pellicule dans l’appareil de projection.

« Un an plus tard, à la même date et sur le même terrain, on posa la première pierre de la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, le mémorial du Bazar de la Charité ».

La chapelle Notre-Dame-de-Consolation (Paris)

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L’incendie du Bazar de la Charité (dans la série historique éponyme de TF1 en 2019) va contrarier plusieurs destins dont celui de Rose la gouvernante dont le mari venait de prendre deux billets pour la traversée de l’Atlantique sur « La Gascogne* » mis en service en septembre 1886 sur la ligne Le Havre—New York.
« La Gascogne* », paquebot de la Compagnie générale transatlantique de 155 m de long, était l’un des navires postaux les plus luxueux et plus rapides de l’époque. Conçu aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, à La Seyne-sur-Mer, sous le n°839 / 1444, il fut lancé en 1885. Il est évoqué dans cette belle série historique, on en voit même prétendument la maquette.

Sources

Le Petit Journal

Manuscrit Honoré Justin Besson (1840-1919) chef de section aux F&CM : Notes historiques de 1893 à 1915

Le Figaro

Gardedupatrimoine.fr

Chapelle_Notre-Dame-de-Consolation_de_Paris : Crédit photo wikipédia : Par FabriceValserradelDongo — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=153132323 et Par Guilhem Vellut from Paris, France — Chapelle Notre-Dame-de-Consolation @ Paris, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=54529877

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