La petite Fontaine Wallace des Sablettes, celle qui a résisté à l’envahisseur ultra-rhénan, va connaitre une nouvelle destination, un nouveau destin.
Finies les flatulences de la naïade accroupie, qui non contente de lui voler la vedette en monopolisant tout l’espace, lui montrait en permanence son postérieur monstrueux.
Nos cariatides rayonneront bientôt sur l’ancienne place aux herbes du centre ancien, la place Laïk, où elle pourront de nouveau faire les belles. Voici leur histoire…
1-Les Sablettes avant guerre
- 1A-Le Casino des Sablettes et le Grand Hôtel
À partir de 1880 Michel Pacha* va créer la station estivale des Sablettes* et hivernale de Tamaris* avec :
son château* en 1884, le Grand Hôtel de(s) Tamaris* en 1886, le casino des Sablettes* en 1887, la villa des palmiers* en 1888, le Grand Hôtel des Sablettes* en 1888, le casino de Tamaris en 1902, 35 villas* plus les immeubles et les chalets, puis le casino du manteau* en 1905.
Les réalisations Michel Pacha
« Etablissement de premier ordre sur une plage ravissante, la plus belle plage du littoral. Station balnéaire estivale et hivernale encadrée de forêts de pins. Hôtel confortable et casino avec restaurant ».

Lieux de distraction consacrés aux jeux de hasard et d’argent, les casinos comprenaient trois activités distinctes : les spectacles, la restauration et les jeux. Seules les villes de La Seyne, Saint-Raphaël, Nice, Cannes et Monte-Carlo possédaient un casino de jeux. La Seyne en avait même trois au début du XXème siècle. Le premier à ouvrir fut celui de la nouvelle station « Sablettes-les-Bains » en 1887.
Le casino des Sablettes était constitué d’un immense hall à l’architecture métallique apparente qui faisait salle de restaurant. On y donnait également des spectacles et des concerts. Les salles de jeux étaient à l’étage et uniquement réservées aux hommes.

- 1B-Le village des Sablettes :
Plan du Hameau des Sablettes – Avant 1944 (Reconstitution d’après un dessin de 1988)
Orientation : Nord en haut
Partie Nord (au-dessus de la Route du Tramway)
- Gauche : Propriété Brandi
- À côté : Boulangerie Martin-Mourey
- Centre : Maison Famille d’Hugues Cléry + Place Lalo (inscrite 1988)
- Droite du centre : Maison Grimaldi
- Extrême droite : Les Douanes Anciennes + Pigeonnier
Route du Tramway (axe horizontal central, avec rail de manœuvre visible)
Partie Sud (en dessous de la Route du Tramway) – de gauche à droite :Zone Ouest (Casino)
- Casino Michel Pierredon
- Parc des Lauriers Roses
- Parcs Tamaris / Manfator
- Cabines de bains du Casino
- Auvents métalliques
Zone Centre commerçante
- Magasin Motta Moto ?(noté 1988)
- Bar Cimino / Tante Chaudron
- Boucherie Botto
- Epicerie Chenez
- Propriété Barrel (puis Burdese – Consul d’Italie) + Chemin privé
Zone Est (droite)
- Maisons : Mori – Imbert – Dellapina – Adélaïde – Aurely Tilly – Bœuf
- Bar Vidal
- Hôtel de la Plage M. et Mme Vidal
- Parking couvert + Remise + Vieilles voitures
- Mariages
Éléments dispersés principalement à l’Est / Sud-Est :
- Fontaine
- École élémentaire
- Lavoir public
- Petit commissariat de police
- Gaufras du père Février
- Charreton d’Henri Imbert
Tout en bas : Plage et Mer
Plan du Hameau des Sablettes – Avant 1944
Les constructions aux Sablettes en bord de plage
2-Les Sablettes pendant la dernière guerre

« LA RECONSTRUCTION DES SABLETTES 1950-1953 » (extrait du
diaporama de Carine Calafato-Calba)
La guerre
- 2A- MAR VIVO

La maison secondaire des Maristes à Mar Vivo subit des dégâts considérables suite aux bombardements. Le 31 mai 1946, lors de la 28ème A.G de l’Association des Anciens Elèves, est évoquée la démolition de l’immeuble de Mar-Vivo, conséquence des éclats de bombes lors bombardement américain du 29 avril 1944.

- 2B-LES SABLETTES
Début 1944, le maréchal Rommel ordonne la destruction complète du village jouxtant la plage des Sablettes. Seuls le Grand Hôtel, Les Fauvettes et la villas Jacqueline, qui servent de belvédère sur la mer et d’hébergement pour la garnison, sont préservés.
Les constructions rescapées aux Sablettes
Quelques vestiges qui devaient se trouver dans les jardins du Casino sont arrivés jusqu’à nous, dont une statue d’Hercule sans tête et une autre représentant une sirène (actuellement au musée de Balaguier) ainsi qu’une fontaine Wallace.
Vestiges des ornements des parcs du Casino
Les parcs devant l’entrée du Casino des Sablettes
La petite fontaine qui résiste à l’envahisseur…
3-La reconstruction des Sablettes
Le hameau des Sablettes détruit par les bombardements alliés en août 1944, a été entièrement rebâti entre 1950 et 1953 par le célèbre architecte Fernand Pouillon. Commandé par le Ministère de la Reconstruction, ce projet novateur a transformé les ruines en un modèle de station balnéaire humaine et fonctionnelle. A l’heure de la reconstruction, la pénurie relative de matériaux rendra l’usage de la pierre nécessaire et concurrentielle. La pierre utilisée aux Sablettes est la pierre des carrières de Fontvieille dite du Pont du Gard, gratuite dans ce cas car récupérée des chutes des immeubles du Vieux Port.
La fontaine Wallace, à l’origine devant l’ancien casino, fut déplacée ensuite devant la boucherie face au passage voûté en 1953 aujourd’hui partiellement obstrué, puis sur la place Jean Lurçat (dite de la Naïade accroupie, la sculpture de Louis Arnaud, qui lui montrait son postérieur joufflu).
Les différents déplacements de la fontaine Wallace
Juillet 2026 : La fontaine est partie en restauration pour plusieurs mois pour revenir plus tard à La Seyne, cette fois-ci non pas devant le Grand Hôtel des Sablettes comme on aurait pu le penser mais sur la place Laïk en bas du marché du centre-ville, l’ancienne place aux herbes, au grand dam de certains riverains des Sablettes…
4-Notes sur les Fontaines Wallace
17 fontaines Wallace sont recensées en PACA.
Fontaines à boire identiques aux fontaines qui ornaient Paris à l’initiative de Sir Richard Wallace, elles représentent des cariatides inspirées des grâces de Germain Pilon supportant le temple des 4 déesses.
Ces figures allégoriques ont été créées par le sculpteur Charles-Auguste Lebourg en 1872.
Elles représentent quatre vertus (qualités morales) :
- La Bienfaisance (ou la Charité / Bonté)
- La Simplicité
- La Tempérance (ou Sobriété)
- La Charité (parfois interprétée comme la Bonté ou la Compassion)
Elles sont souvent décrites comme représentant les quatre saisons de manière symbolique :
La Simplicité (Printemps), la Charité (Été), la Sobriété (Automne)et la Bienfaisance (Hiver).
Sur la plupart des fontaines Wallace, deux cariatides ont les yeux ouverts et deux ont les yeux fermés, ce qui renforce le symbolisme (vigilance / introspection, générosité visible ou discrète…).
Elles soutiennent un dôme décoré, sous lequel coule l’eau (à l’origine accessible via un robinet et parfois des gobelets attachés par une chaînette).
Ces figures sont devenues emblématiques de l’esthétique parisienne du XIXe siècle et symbolisent la philanthropie de Sir Richard Wallace.
Il n’existe que trois fontaines Wallace dans la région : à Toulon, à Hyères et à La Seyne.
La fontaine Wallace de Toulon
La plus récente, c’est une fontaine sèche mise en place par le Service Général des eaux aux halles Raspail (appelées aussi les halles municipales de Toulon ou halles Poggio) en 1988 après restauration complète du bâtiment.
C’est une copie des fonderies Lenzi (Toulon Itinéraire des fontaines d’aujourd’hui).
Elle a été ensuite déménagée place Louis Blanc.
Les nouvelles halles, « halles gourmandes », ont été inaugurées le 10 septembre 2021, la fontaine emblématique y a fait son retour le 14 février 2022 après un intermède de 15 ans. Elle trône au bas des escaliers de l’entrée des Halles Municipales.
La Fontaine Wallace de Hyères
Elle a été offerte à la ville par Alexis Godillot, riche entrepreneur, ancien maire de Saint Ouen, qui a urbanisé les quartiers ouest de Hyères. Cette fontaine a été construite en 1880.
Godillot étant actionnaire des fonderies du Val d’Osne, c’est cette société qui a fondu cette fontaine.
Longtemps laissée à sec, elle est remise en eau en mai 1996.
« Qui était Alexis Godillot le généreux donateur ?
Les godillots ou plus familièrement les godasses : ce sont ces chaussures militaires qui firent la fortune d’Alexis Godillot, un entrepreneur de Besançon. Des chaussures qui furent même peintes par Vincent Van Gogh en 1886 dans un tableau baptisé Les Godillots.
Le chef d’entreprise deviendra le fournisseur officiel des Armées en produisant des chaussures, des selles et des tentes. Une partie de sa fortune va être consacrée à la ville d’Hyères où sa présence est si présente encore.
Avec l’aide de l’architecte Pierre Chapoulart, Alexis Godillot a pour projet de contribuer à l’aménagement de la station balnéaire. Il crée un réseau d’avenues et de rues : les avenues Andrée-de-David-Beauregard, Godillot, Victoria et les rues Maréchal-Gallieni et Pierre-Brossolette…
Il est l’homme de la cité des palmiers, celui qui a planté ces plantes exotiques le long des artères. Il a apporté sa touche au niveau du mobilier urbain avec ces fontaines (comme la fontaine Godillot), des lampadaires et des bancs.
Côté architecture, les demeures d’Alexis Godillot font partie des bijoux du patrimoine avec la Villa Saint-Hubert (ou Michel) au 70 avenue des Îles d’Or ou la majestueuse villa Mauresque situé avenue Jean-Natte ».
Var-matin 28/11/23 Peggy Poletto
La fontaine Wallace de La Seyne
aux Sablettes (1872) : voir supra.
Repère patrimonial et symbolique du quartier, elle ne bénéficie pas de protection juridique forte au titre des Monuments Historiques. Vestige du casino des Sablettes, la fontaine a subi plusieurs déplacements depuis la dernière guerre. On la voit sur des photos de cette période troublée au milieu d’un bassin bordé de pierres irrégulières et assez rustiques avant d’être posée en 1953 face à un passage voûté puis sur la place Jean Lurçat .
Dans le Rapport de Présentation du Dossier Zone De Protection Du Patrimoine Architectural, Urbain Et Paysager Balaguier – Tamaris – Les Sablettes
(ZPPAUP de Tamaris – Balaguier – les Sablettes) il y avait des recommandations particulières dont celle-ci :
« La fontaine Wallace sera déplacée vers un site Belle Époque ». (08 juin 2005)
2026 Un nouvel emplacement a été prévu. Voici la version officielle :
« D’une esthétique « rétro » 1900, elle n’était pas mise en valeur, au milieu des terrasses de café et dans un environnement architectural moderne.
Lors des études relatives à l’aménagement des places du centre-ville, il y a plus de deux ans, il a été convenu de l’installer sur la place Laïk dans le cadre du projet d’aménagement des espaces extérieurs du centre-ville de la Seyne sur Mer en lien avec le NPNRU.
Elle figure donc à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAGEP et a obtenu l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France ».
Sources
https://www.paca.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/livret_ensam_habiterdemainlittoral_2019_2020.pdf
Rapport de Présentation du Dossier Zone De Protection Du Patrimoine Architectural, Urbain Et Paysager Balaguier – Tamaris – Les Sablettes (2005)
Google Aperçu IA
LA RECONSTRUCTION DES SABLETTES 1950-1953 Architecte : Fernand POUILLON, diaporama de Carine Calafato-Calba conseillère pédagogique aux arts visuels pour le Var dans l’académie de Nice.
https://www.fernandpouillon.com/uploads/3/9/3/8/3938813/ac_sablettes.pdf
S.Duprat-Mathiesen, conseillère aux Arts Plastiques, Académie de Nice
Photos et cartes postales delcampe et coll. privées
Plan du hameau avant guerre Henri Tilly aimablement partagé par sa fille Annette, et remis en forme par I.A







