LA MECQUE, surnom de La Seyne encore utilisé par les Vieux Seynois.

Au temps des galères, du bagne de TOULON, tous les forçats n’étaient pas condamnés à vie. Lorsqu’ils étaient libérés, ils devaient faire un séjour probatoire à La Seyne. La Seyne était, et le fut encore pendant longtemps, une ville d’interdits de séjour. La Seyne, représentait donc pour ces galériens, l’espoir suprême : ce n’était pas la liberté définitive, mais c’était déjà le Paradis.

Pour comprendre le reste, il faut rappeler un peu ce qu’était la vie des galériens. Ils étaient cinq et quelquefois sept par aviron, enchaînés à leur banc. Comme il y avait une trentaine d’avirons de chaque bord, cela faisait quelques trois cents galériens, qui vivaient dans une effroyable promiscuité, faisant leur besoin sur place et, quand on sait que l’essentiel de leur nourriture était constituée de fèves, on n’est pas surpris d’apprendre que si l’on était sous son vent à la mer, on la sentait bien avant de la voir, « La Galère ».

Pour chaque aviron, il y avait un chef de nage, qui se trouvait le plus près de la passerelle du garde chiourme. C’était lui qui était responsable de l’évolution de l’aviron. Ce chef de nage était toujours un galérien volontaire, c’était généralement des Turcs, donc des musulmans et la plupart acceptaient ce dur métier pour pouvoir aller un jour à la MECQUE, embrasser la Kaaba et en faire sept fois le tour.

Donc, vous voyez la similitude, pour le galérien, La Seyne représentait la fin de cette vie de damné, n’être plus rivé à cette chaîne, jour et nuit, à terre comme à la mer. C’était donc sa  » Mecque à lui « .

A noter qu’à l’époque, les bagnards étaient les seuls à parler français, car c’était la langue véhiculaire la mieux adaptée pour ces gens venant de tous les coins du pays.

Et, en conséquence, quand les Seynois entendaient parler français, ils disaient  » Es enca un escapa de galèro » (C’est encore un échappé de galère )


Gustave PERONET (mars 1981)
Le Filet du Pêcheur (Société des Amis de La Seyne Ancienne et Moderne)

Aimé Antoine Baptiste Tarral nous apporte la preuve qu’en 14-18 les seynois appelaient affectueusement leur ville « La Mecque » grâce à cette carte postale datant de plus d’un siècle…

Henri Amoretti :

« Ces magnifiques ateliers où tout le jour, sur les carcasses en construction, les marteaux joyeusement soulevés font vibrer en l’air libre la bonne chanson du travail qui réconforte l’esprit.
Et dans les rues, larges comme la main, qui dégringolent de l’église jusqu’au port, avec leurs maisons basses s’appuyant nonchalamment les unes sur les autres, la même insouciante philosophie, la même bonne humeur traditionnelle, règnent aussi en souveraines absolues, car La Seyne est la ville provençale par excellence, la Mecque de tout notre midi exubérant ».

Aicardiana 2e série — n° 15 — 15 décembre 2015


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