La Sayna, La Sagno, La Seyno, La Seine, La Seyne…

Petit port de pêche au Moyen Age, « La Sayna » s’est détachée de Six-Fours en 1657. 

En 1580, les habitants descendirent du castrum perché de Six-Fours et s’établirent au quartier maritime de « La Sagno » 

… »de l’autre côté, le cône de Six-Fours qui, pareil à quelque poule abritant ses poussins sous son ventre énorme, rassemble à ses pieds Reynier, Ollioules, Sanary et La Seyne aussi qu’il enfanta.

C’était là qu’était construite la ville-mère, autour d’un château-fort, à l’abri, selon les manières d’autrefois, des attaques improvisées.

Un jour, quelques audacieux descendirent vers la mer lumineuse qui leur souriait au loin et qui semblait avoir pour eux de merveilleuses attirances et surtout celle de la pêche qu’ils firent ensuite parmi les Siagnes*, roseaux des marais qui croissaient là et qui donnèrent leur nom au pays…

Bientôt, on dut faire des quais pour l’abordage des vaisseaux qui venaient de temps à autres et la bourgade primitive s’étendant de plus en plus, Louis XIV, l’érigea enfin en commune.

Alors seulement s’installèrent quelques grands ateliers qui, après que le dernier siège de Toulon, dont les épisodes principaux se déroulèrent tout proche, eût détruit la petite ville presque tout entière, se développèrent rapidement avec la reconstruction des maisons que les habitants durent faire à leurs frais…

…Dès lors était définitivement bâtie La Seyne d’à présent avec ces vastes chantiers que l’on peut admirer avant que de rentrer dans le port, et d’où sont sortis des cuirassés comme le Marceau, dont il nous plaît d’évoquer le souvenir aujourd’hui, comme le Capitan-Prat, qui vont consacrer en des mers lointaines la gloire de l’industrie française, des paquebots comme la Champagne qui exigent de si subtils détails, où l’on vient de terminer encore le Jauréguiberry que la France et la Russie vont tenir ensemble sur les fonts baptismaux ;

ces magnifiques ateliers où tout le jour, sur les carcasses en construction, les marteaux joyeusement soulevés font vibrer en l’air libre la bonne chanson du travail qui réconforte l’esprit.
Et dans les rues, larges comme la main, qui dégringolent de l’église jusqu’au port, avec leurs maisons basses s’appuyant nonchalamment les unes sur les autres, la même insouciante philosophie, la même bonne humeur traditionnelle, règnent aussi en souveraines absolues, car La Seyne est la ville provençale par excellence, la Mecque de tout notre midi exubérant ».

Henri Amoretti (Aicardiana 2e série — n° 15 — 15 décembre 2015)

La Seyne fille de Six-Fours :

 « Les liaisons maritimes reliant Marseille à Nice, le règne du roi René puis l’union de la Provence à la France en 1481, contribuent au développement économique de Six Fours.

A la fin du XVe siècle, Six Fours est devenue une bourgade prospère. Plusieurs entrepôts sont bâtis par des négociants six-fournais sur les rivages marécageux s’étendant à l’est de la ville, bientôt suivis par les premières maisons d’habitation.

C’est la naissance des premiers quartiers de la Seyne (Tortel, Cavaillon, Beaussier) avec les familles Tortel, Beaussier et Daniel, puis toutes les autres.

 Le hameau s’appelle alors la Sagno, d’après la siagne, plante aquatique poussant en abondance sur ces rivages marécageux. On le trouve également orthographié la Sayna (1485) ou la Seyno (1587), puis la Seine aux 12 ème et 13 ème siècle.

C’est au début du 19 ème que le ‘i’ est remplacé par un ‘y’. Au fil des ans la population délaisse le vieux Six Fours pour s’établir en plaine et fonder de nouveaux hameaux.

En 1580 débute le comblement des marécages, puis en 1593, un port est créé au lieu dit la Sagno par lequel transitent les marchandises produites à Six Fours et à Ollioules en direction de Nice ou Marseille. En 1603, une chapelle remplace le premier sanctuaire édifié en 1590, mais les Seynois dépendent toujours de Six Fours en ce qui concerne l’approvisionnement en vivres.

Il faut attendre 1608 pour que soit construit le premier four à pain, 1631 pour que Louis XIII accorde par lettres patentes aux habitants de la Sagno le droit de posséder leurs propres étals de boucherie, puis en 1639 est construite la halle aux poissons, mais l’administration reste encore le privilège du conseil siégeant à Six Fours, pourtant désormais moins peuplée.

Ce n’est qu’en 1657 que la Seyne accède au statut de commune indépendante, elle compte alors un millier d’habitants dont un tiers vivant du commerce maritime ».

1er février 1658 : le Roi Louis XIV, par acte royal accorde son indépendance à la Seyne.

http://eaton.m.free.fr/mapage/ollioules-ses-ramifications-varoises.pdf

1840 :

Description de la ville par un promeneur en 1840, antérieurement au démarrage de l’activité des Forges et Chantiers :

Après avoir longé le côteau sur lequel est rebâtie à neuf l’antique chapelle de Notre Dame de Brégaillon, nous pénétrons dans le port de La Seyne dont les quais ont 7oo mètres de développement; son origine est moins ancienne que celle de Saint-Nazaire.

Sous le règne de Henri IV quelques habitants de Six-fours adonnés à la pêche ayant bâti des maisons sur le bord de la mer, furent imités par d’autres qui cultivaient la plaine, et bientôt des gens de métiers se joignirent à eux : cette petite colonie forma un hameau dépendant toujours de la commune de Six-fours.

La population y prit en peu de temps un accroissement tel, que, devenus propriétaires de la plus grande partie du territoire environnant, les habitants du hameau obtinrent en 1654 l’autorisation de séparer leurs intérêts de ceux du chef-lieu et de former une communauté distincte. 

C’est maintenant une petite ville de 6 ou 7000 âmes dont les maisons fort endommagées, presque ruinées pendant le dernier siège de Toulon, ont été rebâties sinon avec magnificence, du moins avec assez de goût apparent.

Arrêtons-nous y : il ne nous faudra que peu de temps pour parcourir ses rues passablement alignées, son petit cours, son large quai, pour visiter sa jolie église, son ancien couvent de capucins, dont les bâtiments servent de petit séminaire, son hospice non loin d’une vieille chapelle de pénitents, son moulin à blé mu par la vapeur, son chantier de construction pour des bâtiments de commerce.

Un service régulier entre Toulon et la Seyne est établi au moyen des bateaux à vapeur qui partent d’heure en heure chargés plus ou moins de passagers et de menues denrées ».

« Pendant la semaine, cette petite ville semble déserte; parce qu’une partie des habitants se livre aux travaux de la campagne qui est très fertile, ou s’adonne à la pêche, et que l’autre, la plus considérable , composée d’ouvriers différents, employés toute l’année à l’arsenal de Toulon, s’y rend chaque matin et ne rentre qu’à la nuit; 

mais les jours de fêtes et surtout à certaines époques, soit que la dévotion y conduise la multitude qui va en pélérinage prier aux pieds de la madone dans cette chapelle que vous apercevez au sommet de la montagne de Sicié, soit que les jeux variés du romérage, les danses sous des salles de verdure au son du tambourin et du galoubet, ou d’autres instruments plus harmonieux, y amène la jeunesse des deux sexes revêtue de ses plus beaux atours, et les grands parents qui vont s’attabler, et les petits enfants qui se vautrent dans la poussière ou se roulent sur la courte pelouse; c’est une foule pour la circulation de laquelle les rues et les quais ne sont plus assez larges. »

PROMENADES  dans TOULON ANCIEN ET MODERNE dédiées aux Toulonnais. Par H• Vienne» , archiviste de la Ville» 

Toulon, 27 décembre 184o 

 1846 :

« Ce village maritime, bâti sous Henri IV, au fond de la rade de Toulon, a été presque entièrement détruit lors du dernier siège de Toulon ; ses rues larges sont bien alignées. Il y a de nombreux chantiers pour la construction des navires marchands. Un paquebot à vapeur établit des relations continuelles entre La Seyne et Toulon….Les productions principales sont le blé, le vin et l’huile…(Les droits d’octroi frappaient les raisins, les vendanges, les vins, les alcools purs et les animaux d’élevage depuis le 13 novembre 1831) 

Foire, le dimanche après le 2 juillet.

Pop. 6,560 hab. Super. 2,708 hectares.39 ares, dist. de Toulon 5 kilom. »

Construction de navires : Indépendamment de ceux qui sont commandés, des spéculateurs à La Seyne et à Saint-Tropez font construire des bâtiments de 600 tonneaux et au-dessous pour les vendre à Marseille, en Italie et dans les différents ports du département. Cette industrie avait cessé avec les guerres maritimes de l’Empire. Elle a repris son activité depuis le retour de la paix.

Les chantiers de La Seyne, au nombre de 4, occupent annuellement 150 ouvriers et donnent un produit brut de 300,000 fr. Un atelier d’ajustage et de chaudières de tôle pour les bateaux à vapeur, a été récemment créé dans cette commune. Il emploie 100 ouvriers…

Il été construit pendant 1844, savoir La Seyne 21 navires jaugeant ensemble 1,586 tonneaux, 4 bateaux de pêche, 9 bateaux à vapeur…

Briquèteries, Tuileries, Carreaux : (la commune) de La Seyne possède à elle seule 30 (établissements de ce genre). Ce qui excède les besoins de la consommation locale est exporté sur Nice, l’Algérie et l’intérieur de la France.

1846 : Le port de La Seyne : C’est un port de commerce et surtout de construction. Il est fréquenté aussi par les pêcheurs. Le tirant d’eau des bâtiments qu’on y construit le plus ordinairement est de trois mètres cinquante centimètres. Ce port comprend un développement de quais, de sept cent mètres, une superficie de vingt-quatre mille six cent mètres…Deux môles, distants de trente cinq mètres, forment l’entrée.

Les embarquements et les débarquements ont lieu sur le quai… Les opérations commerciales de ce port sont peu considérables. La construction des navires fait toute son importance…

Statistique du département du Var, par N. Noyon, chef de division à la Préfecture du Var. 1846

close

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *