Un héros seynois de l’épidémie de choléra de 1865. Aucune rue, pas même une placette, ne porte son nom…

Introduction

De juin à novembre 1865, avec son paroxysme à La seyne en septembre, le terrible fléau s’abat sur tout le pays. Cette épidémie cholérique fut la plus meurtrière des quatre que la ville ait eu à subir au XIXe siècle.

La ville comptait en 1865 13 000 habitants dont 4 000 ouvriers qui travaillaient aux chantiers, il y eut 500 morts (les 4/5 des personnes atteintes en fait) sur une période de 4 mois, d’Août à Novembre 1865.

L’organisation logistique fut la suivante :

-Une ambulance au quartier des Cavaillons dans la grande chapelle des pénitents blancs* et ses annexes, spacieuse et proche du cimetière… Y sont attachés le Dr Prat*, le Dr Combal et plus tard le Dr Mourgues spécialiste lyonnais. Les soignants para médicaux et les aidants sont les religieuses de la Présentation, des Mouissèques, ainsi que les dames trinitaires de la rue de l’Hôpital.

-Une autre ambulance à l’hospice civil et une aux Chantiers de la Méditerranée (Dr Clément* et Prosper* Daniel, Martinenq ex chirurgien de la Marine et Burq un spécialiste).

Les prêtres, les religieuses et tous les civils volontaires se dévouent pour assister les mourants et consoler les familles, en particulier les pères maristes qui mettent à disposition leur voiture et leur cheval pour transporter les morts de leur domicile au cimetière.

Le pharmacien du bas du marché Cyrus Hugues* distribue gratuitement les médicaments. http://www.laseyneen1900.fr/2020/07/30/lepidemie-de-cholera-de-1865-et-nicolas-chapuy/*

Qui était Hyacinthe Combal ?

Né à La Seyne en 1808, il fut pharmacien à Bandol, puis maire de Bandol et médecin seynois installé rue savonnière (Carriero Sabouniero, actuelle rue Taylor). Il est cousin de Clément Daniel et oncle de Prosper Daniel, deux autres médecins seynois. C’est lui qui dépistera les premiers cas de choléra en dehors du quartier de la Lune (où l’on pensait le foyer circonscrit) lors de l’épidémie de 1865, au mois d’août, prémices du fléau qui allait s’abattre sur la ville en septembre. Avec le Dr Prat (et plus tard le Dr Mourgues) il assure les soins à l’ambulance des Cavaillons. Il mit fin à sa carrière en 1875 et décèdera à 72 ans en 1880 à Bandol.

Jean Joseph Hyacinthe Combal est le fils aîné de Romain le pharmacien. Il est né le 23 mars 1808, à La
Seyne sous l’Empire et disparaît alors que la I ° République est bien établie. Avant tiré un mauvais numéro il aurait du faire le service militaire ce qui aurait nuit à ses études. Son père lui trouve et paye, le 13 juin 1829, un remplaçant, un enfant naturel de la région de Cannes, ouvrier agricole. Il accomplit trois années d’études à l’école secondaire de médecine de Toulon, puis il soutient publiquement, à Draguignan mais devant un jury de Montpellier, les examens nécessaires pour obtenir le diplôme d’officier de santé à savoir : le 5 octobre 1835 sur l’anatomie et sur les éléments de la médecine, le 6 sur la chirurgie et les connaissances les plus usuelles de la pharmacie. Il réside d’abord à La Seyne où il est membre de la garde nationale, en 1837 il est second lieutenant de la 1° compagnie du centre. Mais dès 1838 il est installé à Bandol, sans doute en tant que pharmacien.
Le 30 avril 1844, à 36 ans, il épouse, à Sanary Charlotte Marceline GARDON, de 1 ans sa cadette, née le 1° juin 1818 à Bandol. Elle est la fille d’un percepteur des contributions directes originaire de Bandol en poste à Sanary. Ils ont deux filles :

  • Marie Claire Philoméne, née le 29 mars 1845, à la Seyne, décédée le 14 janvier 1876 à Six Fours, à 30 ans;
  • Marie Antoinette, née el 29 avril 1846, à Bandol, décédée el 31 janvier 1876 à Six Fours, à 29 ans;

Il exerce les deux métiers d’officier de santé et de pharmacien à Bandol où il arrive en 1846 et crée une pharmacie qui n’existait pas avant lui. Son métier de pharmacien l’ennuie au moins autant qu’il ennuie son père. En 1859 les inspecteurs trouvent son dépôt de médicaments si mal tenu qu’ils rédigent un rapport. Il semblerait qu’à la suite de ce rapport il ait fermé son officine et qu’il se soit consacré essentiellement à la médecine. Sa réputation a dû être mise à mal et il a sans doute profité de ce que la gare de La Seyne venait d’être ouverte, au mois de mai 1859, pour aller y exercer son métier tout en continuant à habiter à Bandol. Il a laissé le souvenir d’un homme de très haute stature, de deux mètres de haut qui allait visiter les malades à califourchon sur un âne. Quand il voulait descendre il posait les pieds par terre et faisait avancer l’âne.
L’Empire le pousse à s’engager politiquement. Dès le 10 décembre 1851, pendant que se déroule l’insurrection dans le Haut Var, li appartient à la commission provisoire de neuf membres qui tient lieu de municipalité à Bandol. Le 9 mai 1852 il « Jure obéissance à la Constitution et fidélité au Président », mais el 20 octobre 1852 il n’est plus présent dans le conseil municipal provisoire. Sans doute a-t-il pensé que le danger étant écarté sa présence n’était plus nécessaire. Il réapparaît cependant trois ans plus tard, le 12 août 1855 à l’occasion du renouvellement d’une partie du conseil. II « jure obéissance à la Constitution et obéissance à l’Empereur des Français » et six mois plus tard il signe l’adresse que le conseil municipal envoie à L’Empereur à l’occasion de la naissance du Prince Héritier :

Sire
En vous donnant un fils, gage d’avenir et de confiance, le ciel vient de « combler vos voeux », et, nous osons le dire, les voeux de la France entière.
Le maire et le Conseil Municipal de la commune de Bandol ont salué avec enthousiasme cet heureux événement; avec enthousiasme encore ils ont applaudi à cette douce et légitime ivresse du Père, et, mêlant leurs faibles voix aux accents de l’allégresse publique, ils ont remercié du fond de leurs coeurs, la divine Providence, de ce nouveau et précieux bienfait. En déposant avec respect aux pieds du trône de Votre Majesté l’expression sincère de ces sentiments patriotiques, nous sommes heureux d’avoir par là de Vous dire Sire de Votre Majesté les très humbles et fidèles sujets.


Le 22 novembre 1859 il est nommé maire par le préfet. Il va y rester quatre ans. Il gère la Commune en veillant soigneusement à éviter tout frais inutile aux contribuables. Lorsqu’une loi rend obligatoire l’établissement d’une école communale de filles, il rappelle que la commune possède déjà une école libre, qu’en échange d’un logement gratuit les religieuses enseignent gratuitement aux élèves nécessiteuses désignées de concert par le maire et elles-mêmes. Il érige l’école libre en école
communale payante. Cette solution remplit le but recherché et évite tout frais supplémentaire à la commune. De même lorsqu’il faut creuser le port pour l’approfondir il fait en sorte que ces travaux soient pris en charge par le ministère. Au bout de quatre ans il démissionne, sans doute arrivait-il difficilement à remplir ses deux fonctions de maire à Bandol et de médecin à la Seyne. Sa lettre de démission le 30 juillet ne donne qu’un prétexte. (« Bandol le 30 juillet 1863. Devant quitter sous peu le pays de Bandol pour rentrer chez moi je vous prie de vouloir bien faire accepter par monsieur le préfet ma démission de maire de cette localité. J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Sous Préfet, votre très humble et dévoué serviteur »). Peut-être y avait-il une raison politique. Son successeur est mis en place le 1° septembre 1863.
Quelques années plus tard, il est alors médecin de l’hospice, c’est lui qui détecte, à La Seyne, les premiers cas de choléra lors de la grande épidémie de 1865 qui y fit au moins 500 morts (10% de la population). Il soignait deux frères d’origine piémontaise, fils d’ouvrier qui furent emportés par la maladie le 16 août. Il était attaché à une ambulance à proximité du cimetière avec un médecin de La Seyne et un autre de Lyon. Parmi les médecins luttant contre ce fléau se trouvaient son cousin le docteur Clément Daniel, dont une rue de la Seyne porte le nom, et son neveu le docteur Prosper Daniel. Son cousin Augustin Daniel, le secrétaire de la mairie fut victime de son dévouement et mourut le 25 septembre alors que l’épidémie s’affaiblissait.
Ses deux filles sont mortes à quinze jours d’intervalle à Six Fours alors qu’il ne semble pas qu’il y ait eu d’épidémie en 1876. Peut-être s’agit-il d’un accident, d’autant qu’il n’y avait pas de raison pour qu’elles soient dans cette localité dont le seul mérite, dans leur cas, est d’être entre Bandol et La Seyne. Il arrête d’exercer vers 1875 et décède le 15 avril 1880, à 72 ans, à Bandol.

Sources :

Biographie de Hyacinthe Combal : par Mgr Charles Daniel neveu de Clément Daniel (Archives familiales Daniel)

Louis Baudoin Histoire de La Seyne

Voir les articles sur le Dr Clément Daniel, le Dr Etienne Prat, Nicolas Chapuy, Joseph Marie Rousset et Cyrus Hugues:

http://www.laseyneen1900.fr/2021/06/03/clement-daniel-1810-1891/

http://www.laseyneen1900.fr/2021/06/12/prosper-daniel-1839-1908/

http://www.laseyneen1900.fr/2020/11/09/etienne-prat/

http://www.laseyneen1900.fr/2021/06/04/nicolas-chapuy-1826-1865/

http://www.laseyneen1900.fr/2020/07/30/lepidemie-de-cholera-de-1865-et-nicolas-chapuy/

http://www.laseyneen1900.fr/2020/08/27/joseph-marie-rousset/

http://www.laseyneen1900.fr/2020/07/31/cyrus-hugues/

Introduction PdP pour La Seyne en 1900.

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