BUONAPARTE PROMOTION CANAPÉ ?

La rumeur fut tellement forte qu’elle est arrivée jusqu’à nous…

Direction Ollioules le château de Montauban :

Cette bastide dont la vue domine la rade de Toulon devenue en 1793 quartier général de l’armée républicaine joua un rôle déterminant dans  l’ascension du jeune capitaine d’artillerie.

Le général Carteaux, l’un des futurs acteurs de la prise de Toulon avait établi son QG au Beausset dans une gentilhommière, le château de Villeneuve. Après avoir libéré Marseille, rebaptisée « Ville-sans-nom », il fait marche sur Toulon et perd au passage son commandant d’artillerie blessé que Buonaparte remplace au pied levé.

Buonaparte par Franz Gabriel Fiessinger 1799

Dans toute cette période le jeune corse bénéficie de moultes circonstances favorables, d’appuis déterminants, de coups de chance incroyables qui lui permettent d’être toujours au bon moment au bon endroit…

Un détail « pieux » : Carteaux, installant maintenant son quartier général à Ollioules au château de Montauban, ordonna qu’on fasse transférer dans cette bastide le vaste lit qu’il partageait avec sa « jeune épouse exubérante » au Beausset quelques jours auparavant…

On sait peu de choses sur cette madame Carteaux née Catherine Ursule Bazire, de 18 ans plus jeune que son époux, décrite comme vigoureuse et forte gaillarde, en tout cas très influente sur les décisions de son mari.

C’est à Montauban que le capitaine Buonaparte put mettre en avant ses propositions stratégiques pour attaquer Toulon par le flanc Ouest.

De manière inattendue, le « blanc-bec » de 24 ans, reçu avec condescendance et mépris par celui qu’il traitera plus tard de « jean-foutre » (les rapports de force ayant été inversés) put exposer ses plans, dérouler ses cartes et remporter l’adhésion à son plan d’attaque, aidé et même fortement appuyé à de nombreuses reprises par Catherine qui, tout en flattant son vieux mari, réussit à infléchir son jugement à l’égard du jeune capitaine d’artillerie….

De nombreuses phrases lui son attribuées au cours de ce conseil militaire :

« Laisse faire ce jeune homme, répondait Mme Carteaux ; il en sait plus que toi, et il ne te demande rien. Ne te rend-il pas compte exactement de tout ? la gloire te reste, et, s’il fait des fautes, elles seront pour lui. »

-« Ne t’y trompe pas : Bonaparte a trop d’esprit pour rester longtemps un sans-culotte ». Citoyenne Carteaux, répliqua le général en se redressant fièrement, car il se sentait blessé dans son amour-propre ; citoyenne Carteaux, c’est donc à dire que nous sommes tous des bêtes ? – Je ne dis pas cela, mon ami, reprit-elle sur le ton d’Alceste à Oronte ; je dis seulement que ce jeune homme ne te ressemble en aucune manière« .

Tout porte  à croire que la jeune femme avait un penchant pour le « sans-culotte »…

De là à dire que le jeune homme en question bénéficia d’une promotion canapé de la part de la générale…

Plusieurs fois cette hypothèse a été avancée, y compris par Louis Baudoin :

« À Montauban, Bonaparte démontra à Carteaux, par un bref essai de coups de canon, que la batterie qu’on y avait installée, située trop loin des objectifs marins avancés dans la baie de La Seyne, ne pouvait effectuer des tirs de quelque utilité et gaspillerait certainement ses boulets. Soutenu par le représentant Gasparin, Bonaparte obtint qu’on se porta plus en avant en direction de la Garenne et de La Seyne ; à l’occasion de la discussion, il reçut un appui inattendu et indirect de la part de la propre épouse du général Carteaux qui ne pouvait s’empêcher d’éprouver une secrète sympathie pour le jeune officier à l’esprit si vif et impérieux.

On montre, dans ce château, à son premier étage, la chambre où Bonaparte aurait couché pendant les quelques jours qu’il y séjourna et où, a-t-on dit sans trop de preuves, venait le visiter Mme Carteaux ».

(Louis Baudoin Histoire de La Seyne)

Dommage que saint-Simon et sa mémoire en forme de trou de serrure (selon Raymond Devos) ne se trouvait pas à Ollioules à ce moment là…

Bien plus tard, Jean-François Carteaux (« une vie de bâton de chaise au service de la peinture, de la guerre et de la filouterie ») abandonnera sa femme légitime qu’il laissera dans la misère au profit d’une musicienne….

Quant au jeune capitaine, il était promis à un grand destin, la marche de l’Empereur…

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