Rappel : En 1880 Michel Pacha avait payé deux millions de francs-or pour se rendre propriétaire des quatre cents hectares (2 kms x 2 kms) au prix de 0.50 francs le m2 couvrant les quartiers des Mouissèques, du Manteau, du Bois Sacré, de Tamaris, des Sablettes et de l’Évescat. 

(Source Jacques Phobie Actes du colloque Michel Pacha 2007).

On lui doit sur ce site l’aménagement des voies de communication reliant Tamaris à La Seyne et aux Sablettes avec la desserte maritime de la baie du Lazaret par un service de bateaux à vapeur, la création de la voirie intérieure, la construction de l’ensemble urbanistique (93 villas) avec ses structures économiques administratives et ses logements, le comblement des zones marécageuses du bord de mer, la construction de sa résidence particulière au Manteau, aujourd’hui disparue s’étendant à elle seule sur huit hectares, et toujours visibles la station biologique (Institut Michel Pacha), le Grand Hôtel et son annexe la villa des Palmiers, l’ex casino du Manteau (la Villa Capriciosa).

C’est le 26 juin 1906 que le Conseil Municipal conduit par Henri Pétin, élu à la faveur d’une « coalition clérico-nationaliste » selon l’opposition locale, (on est encore dans la période tumultueuse de la séparation de l’Eglise et de l’Etat) décide de mettre en vente ce terrain.

L’opposition rappelle alors que ces terrains furent achetés sous l’administration Lacroix pour agrandir la place Noël Verlaque, en grande partie payés sous la municipalité Fabre. 

Une longue et âpre bataille politique s’ensuivit jusqu’à la réalisation du projet, c’est à dire son rachat par la SA des F&C qui fêtait cette année là son cinquantenaire et visait l’extension de ses chantiers.

Quand Henri Pétin décide de vendre ce terrain communal, « d’une surface de 2500 m2 environ le long d’une place  de 15.000m2 », il tente d’en minimiser son importance, le qualifiant de Hors-ligne*, rien d’autre qu’une bande poussiéreuse et nue de 10m sur 250m, où le mistral s’approvisionne d’escarbilles pour les yeux des passants, sans ombrage ni abri d’aucune sorte, une « rôtissoire ».

« C’est vrai que n’étant pas originaire du pays du soleil, il (le maire) n’est pas tenu d’en connaitre tous les inconvénients » selon le Petit Var…

*HORS-LIGNE (s. m.) : Parcelle de terrain acquise en dehors d’une voie publique, et non employée. Les hors-ligne sont des portions de terrain non occupées par la ligne ou ses dépendances…Le Littré (1880)

Leur qualification en Hors-Ligne* par le maire et le service des Ponts-et-Chaussées pour faire la distinction entre la partie Nord et la partie Sud de la place était fortement contestée par l’opposition, le « petit Provençal » et le « Petit Var » en particulier dont le journaliste de l’époque J. Juès, (propriétaire, rue Carvin,8) avait la plume acerbe s’adressant au maire (sur toutes ses autres décisions d’ailleurs), la conservation de ce patrimoine devant ici primer sur les intérêts des F&C : « La ville a ses intérêts comme les forges et chantiers ont les leurs »…(!)

Soutenant le projet du maire par contre, la « République du Var », que ses contradicteurs nomment « la République des curés », argumente sur la menace de la suspension des salaires des fonctionnaires (les « cipaux ») faute de budget suffisant, l’intérêt du contribuable seynois à réaliser cette vente, et la perspective de la création de nouveaux emplois grâce à l’extension des chantiers. 

En face les critiques portaient aussi sur l’absence de perspective d’équilibre du budget, les emprunts de la ville (en fait en vue de l’édification du boulevard du littoral), les futures taxes d’octroi, etc, etc…(voir ailleurs « Homo politicus »)

Ces terrains sont alors décrits comme « une bande de terrain communal (hors ligne) de 2843 m2 de superficie, comprise entre le  long bâtiment-atelier des Forges et Chantiers dans la partie bordant la place Noël Verlaque et le chemin vicinal n°5 qui la traversait dans toute sa longueur, et qui servait d’accès à l’entrée principale des chantiers (et donc pas du tout en dehors de l’alignement de la place), dont la proposition de vente « dans le but bien déterminé d’affecter le produit de cette vente à l’équilibre du budget » fut l’objet d’une enquête « de commodo et incommodo » qui dura  8 jours en octobre 1906. 

Les habitants de ce quartier des Mouissèques (en majorité des immigrés italiens) ainsi que le syndicat des propriétaires riverains adressèrent alors une supplique au Préfet du Var (la « grrrrande pétition » selon leurs adversaires), faisant valoir que ces terrains dits de la « Chapelle des Morts » étaient situés sur le seul rivage formant la beauté du quartier, où, à la saison estivale, toutes les familles, baigneurs et baigneuses, venaient se réjouir. 

Bien évidemment une contre-pétition circula dans les ateliers, signée bon gré mal gré par les employés et les ouvriers des chantiers, « devant cette occasion inespérée d’avoir du travail », la majorité en faveur de la vente jugée « acquise par la force » selon l’opposition…De nombreux noms d’oiseaux fusèrent de part et d’autre, plus précisément de rongeurs et  « d’amateurs de gruppi » (en français les politicards qui vont « à la gamelle »).

L’affaire des terrains placés en Hors-ligne dura plusieurs mois.

En septembre 1906 lors des travaux de creusement du sol en vue de l’agrandissement des ateliers, les ouvriers mirent à jour « une certaine quantité d’ossements humains » (sans autre précision) ce qui justifiait bien le nom que portait cet emplacement. Ces débris furent enfermés dans des caisses et transportés au cimetière pour y être de nouveau enfouis. (La République du Var 22 septembre 1906)

La localisation exacte de la chapelle des morts

A la suite de l’adjudication  en séance publique dans la salle du conseil municipal, le terrain de La Chapelle des morts a été vendu à la Société anonyme des F&C le 6 septembre 1906, moyennant la somme de 20.100 francs (frais en sus).

« La somme de 20.100 francs de la vente du terrain sera affectée à payer les arrérages à la Cie des Eaux et à celle de l’Eclairage, après l’avoir élaguée de la dépense nécessaire à la création de deux classes de jeunes filles et à la réinstallation du bureau de bienfaisance. » 

Le bureau de bienfaisance sera transformé en classes scolaires, et c’est la maison Gairard dans la rue Evenos, propriété communale, qui recevra le nouveau bureau de bienfaisance.

Sur ce terrain existait un lavoir qui devait être ultérieurement transféré dans l’enceinte du futur chantier (promesse non tenue) et le futur acquéreur devait y installer un water closed « qui remplacerait avantageusement pour l’hygiène le dépotoir existant le long du mur des chantiers » (promesse envolée). 

 C’est le 17 janvier 1907 que démarre le chantier de la mise en place des piliers de l’atelier des turbines, cette charpente ayant été construite par le Creusot. (Source Manuscrit Besson) 

Il y eut encore quelques soubresauts de la part des adversaires de la vente, relayés bien sûr par « le petit Var »…

28 janvier 1907 « un adversaire de la vente » et le fameux Jules Juès du Petit Var…
Le prix du mètre du « hors-ligne » fut donc relevé à 25 fr…
17 février 1907
18 février 1907 Suite et fin de l’affaire…

et c’est ainsi que démarra l’activité de l’atelier mécanique…

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