-1616 – 27 juillet : LETTRES PATENTES DE FONDATION D’UN MARCHE A LA SEYNE –

Comme l’indique la transaction passée entre Pierre Martinenq, écuyer, Laurent Martiny et Etienne Tortel, consuls de la communauté de Six-Fours, d’une part, et Michel de Tortel, seigneur de Ramatuelle, Joseph Beaussier, bourgeois, et autres notables, de l’autre, les Seynois purent établir librement des commerces de boucherie et de charcuterie sous la réserve du paiement à la communauté de Six-Fours d’une somme de 15 00 livres pour tenir compte de la diminution de vente en résultant (Louis BAUDOIN, 1965, op. cit., pp. 127-128.).

Cette décision épargnait aux habitants du quartier de La Seyne de se rendre au four et à l’abattoir communs se trouvant au chef-lieu (Marius AUTRAN, 2001, op. cit. tome VIII).

Toutefois, il leur faudrait se déplacer chaque jeudi à Six-Fours pour acheter au marché forain les marchandises qui leur étaient nécessaires. Les lettres patentes de fondation de ce marché furent enregistrées aux archives d’Aix-en-Provence le 27 juillet 1616.
Cité par Henri Ribot.


« Bien que les légumes et les fruits du pays aient, de tout temps, tenu une grande place sur nos marchés seynois, on y trouvait aussi : 
— le « fromage de Signes » (lou couissignou), appétissant mais fort ; 
* — la morue trempée (la marlusso trempado), bonne pour bouillir, frire ou rôtir, accompagnant l’aïoli le cas échéant ; c’était, disait-on, « le poisson des pauvres » ; 
* — les œufs sagement disposés dans leurs petites corbeilles et entourés de couches de paille; ils étaient apportés par les gens des bastides environnantes ; 
* — les « navets de Signes », les oignons en rès de dix à quinze sous (lei bouano sèbo) ; 
* — « lei riffouarts d’Oullioùlo », radis excellents, bon marché ; sous le second Empire, on en avait plusieurs paquets pour un sou ; 
* — les fraises de La Valette, les melons renommés de Cavaillon et de Trets, châtaignes des Maures, oranges et citrons de la côte provençale, des Baléares (Majorque) ; les olives de Belgentier, les cerises des Solliès, etc. ; 
* — les olives salées de Belgentier dans leur récipient en bois porté par une petite charrette. À tout cela, on peut ajouter : l’huile du Var ou des environs, d’Aix, de Salon ; les diverses volailles, le gibier, selon l’époque, et bien d’autres choses abondantes et pas chères. Rendant encore plus pittoresque l’aspect du cours, surtout autrefois, se mêlaient à la foule méridionale, bruyante et bon enfant, certains personnages bien couleur locale tels que les robustes portefaix, aux bras vigoureux, les vendeurs d’escargots et de limaçons, de champignons, de cade 30, de salade sauvage, les marchands de plantes aromatiques avec leurs bouquets répandant les senteurs des collines de la « Bonne Mère » ou de celles d’Ollioules. Le marché fini, de grands diables, les « escoubiers », munis de haut balais de bruyère, apparaissaient pour nettoyer la chaussée et les ruisseaux encombrés de débris ». 
ANNEXE N° 1 À « L’HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA SEYNE » 
Louis Baudoin

Marius Autran 1900 :

« Il est cinq heures !… La Seyne s’éveille Dès la pointe du jour, la Place du Marché sortait de sa torpeur par le bruit infernal du torpilleur qui brinquebalait sur les pavés disjoints de la rue. Le vidangeur ne descendait pas le marché où l’on allait exposer les beaux fruits, les légumes, les fleurs ; fort heureusement d’ailleurs car les giclées de purin répandaient leur puanteur partout à la ronde. Il empruntait les rues adjacentes (rue d’Alsace et rue Marius Giran) où l’on faisait obligation aux gens de déposer leurs toupines pour le ramassage. Toutefois, il ne pouvait éviter les rues Carvin et Cyrus Hugues. Les effluves nauséabonds dispersés après le passage du véhicule, les commerçants matinaux entrouvraient leur magasin avec beaucoup de circonspection, humaient l’air en fronçant parfois les sourcils avant d’accueillir la clientèle. Le boulanger Mabily et le charcutier Hermite servaient les ouvriers des chantiers en priorité, la journée de travail de douze heures exigeant la prise du travail au lever du jour et même à la nuit à la saison d’hiver. Chacun d’eux emportait dans sa musette quelques tranches de pain et des rondelles de saucisson bien minces complétées parfois par un reste d’omelette froide de la ville, qu’il dévorerait en travaillant car il n’était pas question de pause en ce temps-là pour le déjeuner. Certains ouvriers mieux nantis pouvaient s’offrir une bouteille de vin qui passerait d’une bouche à une autre subrepticement car certains contremaîtres avaient une âme de cerbère. Puis le bruit des souliers cloutés martelant les pavés de la rue Cyrus Hugues s’éloignait vers la place de la Lune où le flot des travailleurs se pressait pour ne pas manquer la porte comme on disait alors. Les ouvriers ayant répondu au dernier appel du sifflet, la Place du Marché connaissait alors l’animation paysanne. Les petits producteurs arrivaient avec leurs tréteaux, leur balance romaine, leurs cageots en osier pleins de belles marchandises de la terre, récemment cueillies et fraîchement lavées. En ce début du XXe siècle, le terroir produisait tout dans les magnifiques jardins potagers des Audibert, des Barbaroux, des Teissore, des Roux, des Germain, des Moutte, des Arnaud, des Suquet et bien d’autres ! Les familles paysannes se comptaient alors par centaines. Toutefois, on pouvait déjà noter une certaine concurrence avec des localités varoises spécialisées dans certaines productions. on parlait des riffouarts (radis), d’Ollioules, des navets de Signes, des cerises de Solliès-Pont, des olives de Belgentier, des châtaignes de Collobrières. Les fraises de La Valette, elles aussi, avaient une excellente réputation. Les volailles venaient d’un peu partout : poules rageuses, canards nasillards, coqs belliqueux entretenaient un tintamarre permanent qui s’accentuait dès huit heures quand se mêlaient les sifflements et les grincements de la machine du rémouleur Perrin ; les appels de la marchande de cade, du marin qui vendait des anchois en tonneau ou la morue trempée (marlusso trempado) qu’on appelait alors le poisson des pauvres. Comme les temps ont changé ! –  » A l’aïgo sau !  » C’était l’appel du marchand d’escargots et de limaçons blancs qu’on trouvait à foison en ce temps-là, les chimistes n’ayant pas encore inventé les hélicides. En ce début du siècle, la Place du Marché était déjà réputée par la richesse, la diversité, la qualité de ses produits de la terre seynoise. À l’exception des oranges et des citrons en provenance des Baléares, peu de marchandises comestibles arrivaient de l’étranger, les moyens de transport rapides n’existant pas encore. –  » Eici lou boan froumage !  » C’était l’appel d’un marchand spécialisé dans lou couissignous, fromage fermenté cuisant dont l’odeur n’attirait qu’une clientèle d’amateurs. C’était le cas aussi pour le vendeur de stockfisch, morue séchée à l’air, à odeur forte dont nos grands-mères s’accommodaient mal de la prononciation anglaise en disant stocofish ou estoquefish. Non loin de là, à quelques mètres peut-on dire, la poissonnerie retentissait des appels chaleureux, des clameurs tumultueuses de nos vaillantes femmes de pêcheurs arrivées dès la pointe du jour depuis Saint-Elme, Tamaris ou le Manteau.  » A l’aubo ! A l’aubo !  » C’est à ce cri que l’on reconnaissait les vendeuses de sardines. Exception faite pour la morue, on ne trouvait sur les étals que des prises de nos rivages : poissons de bouillabaisses, de grillade, de soupe, crabes grouillants, crevettes sauteuses, mollusques indolents comme les poulpes et les seiches, coquillages divers en provenance de la Petite Mer. Elles en ont vu défiler des daurades, des congres, des loups de mer, des rascasses, des esquinades… les pierres vénérables de notre Pescarié, depuis le XVIIe siècle au début duquel elles furent bâties. Comme elles ont vu se succéder des générations de vendeuses, pour la plupart femmes de pêcheurs de nos rivages. Déjà au début du siècle se manifestèrent les familles : Vuolo, Pignatel, Sauvaire, Christin, Attanasio. on ne dira jamais assez le mérite de ces gens de mer qui s’en allaient caler leurs filets la nuit, même par gros temps, les retirer à la pointe du jour, tirant le mieux possible sur leurs avirons, préparer hâtivement les prises quand elles étaient suffisantes, les transporter avec des charretons (aucun moyen mécanique n’existant alors) pour se trouver à l’ouverture du marché. De nos jours, à l’occasion d’expositions de photos anciennes de nos amis Guigou, Panchout, Fiévé, c’est toujours avec des sentiments de curiosité mêlés de tendresse que nous vivons les scènes du marché de ce temps-là. Nous remarquons nos poissonnières à robe longue, la tête couverte d’un fichu, une pointe de laine croisée sur la poitrine, attachée dans le dos, les acheteuses vêtues d’un casaquin et d’une jupe longue traînant presque à terre. Les pêcheurs, eux, se reconnaissent à leurs bonnets de laine au lourd caban dont ils sont revêtus et à leurs sabots fourrés. Les cultivateurs portent le gilet court ou la blouse longue suivant la saison, le pantalon de velours retenu par la talhola, le plus souvent rouge, tandis que les notabilités du Conseil municipal ou des chantiers navals se rendent à leurs occupations administratives en longue redingote et coiffés de leur chapeau melon. Dans cette période, la population voisinait les 20.000 habitants. La Place du Marché ne connaissait pas encore les affluences d’aujourd’hui, mais les années passant, la monotonie du marché quotidien sera rompue par le passage de marchands ambulants venus de l’extérieur. Ce fut le cas pour les Auvergnats qui proposaient aux Seynois de la coutellerie ou autres spécialités de leur pays ; des Italiens venus des Alpes vendre de la camomille du Piémont pour soigner les digestions laborieuses ou le pipermin des montagnes pour fabriquer de bonnes liqueurs ».
Marius Autran

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