L’Hippodrome de Lagoubran.

« Boxes et paddocks. Ici on prend des pensionnaires » 

Dates charnières :

1859 : La Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) met en service, le 3 mai 1859, la station de « La Seyne ». 
Le train arrive à La Seyne, un évènement déterminant qui va bouleverser l’économie et par voie de conséquences le quotidien de tous les habitants de la région. (Pour mémoire c’est en 1895 que Louis Lumière filmera L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat)
Bien loin du centre ville, la gare est installée au milieu des champs maraîchers et du domaine de Lagoubran qui appartient alors à la famille d’Estienne d’Orves. 
On y élève des cochons, des chèvres et des moutons.

1898 : Ouverture de l’Hippodrome sur les terrains que les d’Estienne d’Orves ont mis en location, dix hectares environ, entre la voie de chemin de fer, l’atelier de la Pyrotechnie des Chantiers navals et la colline de Brégaillon (où s’élevait jadis la chapelle du Mont-Carmel). 
Le pôle hippique dépend administrativement de l’arrondissement hippique de Perpignan qui gère alors tous les champs de courses de la façade méditerranéenne. Il comporte la piste, La tribune et les écuries.

1908 : La gare de La Seyne sera rebaptisée « la gare de La Seyne-Tamaris ».

1911 : Un embranchement particulier est créé pour la desserte des chantiers de la société des Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM).

1917 : Le Pont des Chantiers est réalisé par la société Daydé, afin de permettre à la voie ferrée d’accéder depuis la gare P.L.M de la Seyne au site des anciens chantiers navals.

1921 : La compagnie de che­min de fer PLM emploie alors 59 personnes travaillant en gare de La Seyne devenue gare de triage.
La compagnie leur construit des habitations, la cité PLM, aujourd’hui Pierre Sémard. (Les premières douches seront installées en 1968, les cheminots avaient leur médecin, le docteur Lexa).

L’Hippodrome connait sa période de gloire de 1900 à 1914. 

L’hippodrome est alors renommé pour le trot monté, le trot attelé, et le galop militaire. 
En train, omnibus à cheval, voiture particulière, on vient de loin pour admirer étalons et pouliches et assouvir sa passion de turfiste en période estivale ! 
De Cavaillon, de Cannes, de Nice, de Marseille ! 
C’est le roulez de M. Pellegrin qui fait la navette gare-hippodrome. 

Jusqu’à 2000 personnes (avant la deuxième guerre mondiale) peuvent s’y retrouver, les beaux messieurs moustachus en canotier et costumes rayé, les belles dames aux grands chapeaux à voilette blanche sous leur ombrelle.
La place assise coûte 5 F dans les gradins, 2,50 F debout couvert et 1 F sur le gazon. Marchands de glaces, de boissons, de pistaches, photographes de presse, c’est tout un monde qui gravite autour de ces événements sportifs.

M. Brilli (le témoignage de M. Brilli est recueilli par le journaliste Jean Debout), habitué de l’hippodrome connaissait les entraineurs Faure et Ventre, les drivers ou jockeys Roger Serramaya, Marcel Poucel, M. Picard, M. Muso, les grands propriétaires de chevaux qui participaient aux grands prix de Lagoubran (dont le grand prix de la ville de La Seyne) : Gione, Barletta, Laure, Vidal, Meiffret, Pontet, Damiani, Sicard etc…

Le gardien M. Corvasac avant 1940 voyait arriver les chevaux les plus renommés comme la jument « Jedaca » de M. Faure, « méchante comme une gale » mais fameuse au trot attelé, (Maximin qui drivait son sulky semblait voler), le « Victor-Léon » de M. Pontet, la « Duchesse d’Orange » de Fernand Damiani, le « Crac de Corcelles » de M. Jovanna, le « Troubadour » de M. Simon, etc, etc…

Puis vint la guerre, les chevaux furent réquisitionnés, les hommes enrôlés sous les drapeaux, le quartier déserté car particulièrement éprouvé du fait de sa proximité avec la Pyrotechnie et la gare.
L’après-guerre verra renaître une certaine activité hippique, moins fastueuse, jusqu’à la deuxième guerre mondiale où les allemands y installeront des casemates et des batteries anti aériennes (de 41 à 44). 
Après guerre il y eut bien une tentative de redémarrage mais l’activité hippique s’arrêtera vite au début des années 50… 
La famille d’Estienne d’Orves ne renouvellera pas le bail et la propriété sera vendue aux Constructions navales industrielles de la Méditerranée (CNIM) dans les années 60.

Seul le bar de l’hippodrome, l’ancienne « bègude » (auberge), rappelle le souvenir des fastes d’antan, et de la société hippique seynoise qui gérait ce champ de courses qui attirait les foules endimanchées et les passionnés de courses hippiques …
Ne subsistent aujourd’hui que les vestiges des boxes de chevaux, chacun d’eux étant surélevé d’une chambre (celle du jockey, du lad ou plus tard parfois d’un cheminot). 

Mais les mangeoires sont vides depuis bien longtemps et aucun hennissement ne s’y fait plus entendre…

Sources : 
Jean Debout, 
M. Brilli (recueilli par Jean Debout), 
M.L.M 1998, 
Michel Neumuller (redaction@la-seyne.com), 
Regards sur l’histoire de La Seyne-sur-Mer n°6
histoire et patrimoine seynois – Marius Autran
Wikipédia.
Mise en forme par PdP pour La Seyne en 1900

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