Funeste année 1944 à La Seyne…Les bombardements du 29 Avril 44 et la destruction le 17 Août 44 des Chantiers et du Port de La Seyne…

l’îlot Verlaque

29 Avril 44 :

Plus de 10 000 sinistrés, 129 morts à La Seyne et 72 à Toulon.

Le bombardement suivant eut lieu le samedi 29 avril 1944 et dura cette fois 1 H 20, toujours en début d’après-midi. Non seulement Toulon et La Seyne servirent de cibles, mais aussi Six-Fours et Sanary. 72 tués, 62 blessés, 110 blessés non hospitalisés à Toulon – 130 tués, 65 blessés à La Seyne – 4 tués, 10 blessés à Six-Fours – 3 tués, 8 blessés à Sanary ».

(V.Masson – La Resistance dans le Var – Ed. M.U.R. et Maquis du Var – 1983 – Journal le Petit Var : années 1943-1944 – collection A.V.T.). (Cité sur les éphémérides d’Henri Ribot)

« Près des Quatre-Moulins, on retirera un homme que le souffle d’une bombe avait projeté dans un puits.
L’un des deux moulins que les injures du temps avaient ramené à de modestes proportions sera complètement anéanti par un puissant projectile. Le cimetière a été touché. Plusieurs tombes éventrées laissent apparaître des cercueils. Image encore plus lugubre : un corps récemment inhumé allongé dans son costume noir sur le stade de la Canourgue, attend maintenant une autre sépulture.
Spectacle affreux, atroce pour la famille qui devra procéder à d’autres obsèques. » (Marius Autran années_dramatiques)

« Il était presque midi de ce 29 Avril si bien commencé. Tout à coup, les sirènes retentissent. Comme elle en a pris l’habitude depuis des mois, la population urbaine gagne la campagne. La puissance et l’étendue des grondements du ciel ne laissent aucun doute. Une escadre aérienne s’avance vers la ville en provenance de l’Ouest. Aussitôt, les Allemands sillonnent les routes avec leurs motos et déclenchent les fumigènes qui obscurcissent d’abord les vallons. Les campagnards fixés sur les hauteurs de Laffran, des Quatre-Moulins, du col d’Artaud peuvent alors découvrir dans le ciel bleu des vagues de bombardiers gigantesques semant leur cargaison de mort avant de surplomber la ville. Ils reconnaissent les plus gros avions quadrimoteurs dont l’armée américaine dispose : les fameuses forteresses volantes Liberator, chargées de bombes de 500 kg, une tonne et même davantage.

Les premières explosions retentissent, des entonnoirs coniques creusés instantanément, jaillissent des tonnes de pierre et de terre. On retrouvera les premiers points d’impact à Janas, Mar-Vivo, Brémond, les Sablettes. Peu de temps s’est écoulé entre l’alerte et le survol des bombardiers qui déclenchent le drame. La population affolée à la recherche d’abris problématiques est littéralement terrorisée. Huit vagues de bombardiers se succèdent et les chapelets de projectiles frappent surtout la ville. Quel vacarme infernal ! Quel désastre ! Les éclairs déchirent le ciel, les toitures volent en éclats, des maisons s’effondrent dans des nuages gigantesques de poussière. Des arbres, des lignes électriques arrachées sont projetées bien loin, des éclats de bois, des pierres, des tuiles pleuvent partout. La D.C.A. crache toute sa mitraille. Dans ce fracas épouvantable, les pauvres humains se terrent, se serrent les uns contre les autres. Les croyants se recommandent à Dieu, d’autres blasphèment. Il est curieux de constater la diversité des réactions des uns et des autres. Les plus émotifs s’abandonnent au désespoir par des hurlements et des exclamations tapageuses. D’autres demeurent stoïques devant l’adversité. Plus rares sont ceux qui dominent leur frayeur et trouvent le moyen de railler les poltrons, tel celui qui disait au croyant :  » tu pries pour que les bombes tombent sur les autres « .

Puis les forteresses volantes reviennent. Les vagues de bombardiers délestées de la moitié de leur cargaison, venaient compléter leur sale besogne en sens inverse. Dix minutes environ s’étaient écoulées entre les deux passages et voilà que la ronde infernale reprenait de plus belle avec la terrible secousse des explosions, les souffles mortels qui brisaient les coeurs, chassaient les petits animaux domestiques comme des feuilles mortes. Ronde diabolique qui s’acharnait sur notre chère ville avec le déluge des tuiles craquantes, les projections de pierres, de verre brisé, de poutres, de charpentes métalliques, d’arbres calcinés, de feuillages déchiquetés. Cette seconde attaque aura duré quelques minutes de plus que la première. Ses effets, plus meurtriers sur la population, ont été quasiment nuls sur l’objectif principal. sur le chemin des Moulières près du rocher de Laffran, on trouvera des morts, des blessés ensevelis que les survivants réussirent à dégager et à sauver.

Près des Quatre-Moulins, on retirera un homme que le souffle d’une bombe avait projeté dans un puits. L’un des deux moulins que les injures du temps avaient ramené à de modestes proportions, sera complètement anéanti par un puissant projectile. Le cimetière a été touché. Plusieurs tombes éventrées laissent apparaître des cercueils. Image encore plus lugubre : un corps récemment inhumé allongé dans son costume noir sur le stade de la Canourgue, attend maintenant une autre sépulture. Ceux qui réintégraient la ville en revenant du Pont de Fabre ou de l’Évescat découvraient les mêmes désastres au boulevard Jean Jaurès. Là aussi comme partout des blessés à secourir, des morts à déplorer et partout ces entonnoirs profonds qui avaient bouleversé le sol, coupé les routes, arraché les arbres.

L’école maternelle de la rue La Fontaine a été pulvérisée, comme la salle de spectacle Comedia, L’ancien Eden-Théâtre, place de la Lune, comme la poste non loin de là. D’autres bâtiments publics gravement endommagés comme la Caisse d’Épargne seront hors d’usage pour de longs mois. Des gens du centre-ville avaient cru trouver la sécurité vers l’Ouest, à hauteur de l’école Curie. Hélas ! le patronage laïque a été écrasé, lui aussi sous les bombes et une dizaine d’occupants formant le personnel administratif qu’il accueillait provisoirement y ont trouvé la mort »

(Marius Autran, Chronologie de La Seyne, 1967).

le port

« Le centre-ville comparativement à d’autres quartiers avait moins souffert. Il faudra déplorer toutefois des pâtés de maisons effondrés comme châteaux de cartes au bas de la rue Clément Daniel, rue Baptistin Paul, rue Franchipani, rue Parmentier.

Le château de Michel Pacha fut si endommagé que sa destruction fut envisagée dès la libération. Les services de la Défense passive relèveront quelque sept cents points d’impact sur le territoire de notre commune, sans compter quelques projectiles non explosés dont la population redoutait à juste titre un éclatement tardif. Il fallut plusieurs jours aux services de déminage et de sécurité pour la neutralisation de ces engins de mort. Mais il fallut des mois pour mesurer l’ampleur du désastre, évaluer le montant des sinistres à réparer. Des équipes de secours composées de volontaires (infirmiers, résistants, Croix-Rouge, Secours Catholique,…) furent admirables de dévouement et retirèrent des décombres 126 cadavres dont plusieurs méconnaissables.

Le registre de l’état civil à la date du 29 Avril 1944 ne porte-il pas, à plusieurs reprises, la mention débris humains non identifiés. Les corps des victimes rassemblés à l’Institution Sainte-Marie attendaient l’arrivée des familles éplorées pendant que les blessés étaient dirigés vers l’hôpital civil et l’orphelinat Saint-Vincent de Paul. L’un des meilleurs organisateurs des secours, M. Mercheyer, se démena pour trouver tous les cercueils nécessaires, mobilisa les menuisiers de La Seyne et des envions. La grande victime ce fut la population civile. Cela importait peu au militaire discipliné doublement heureux pour avoir tout d’abord accompli sa mission honnêtement. Et puis, n’avait-il pas ramené son escadrille à peu près intacte, un seul appareil disait-on ayant été touché par la D.C.A. Dans les jours qui suivirent la catastrophe du 29 Avril, il fallut trouver des logements provisoires pour les sinistrés. Certains occupaient encore des pièces de leur immeuble partiellement détruit, clouaient des cartons sur les carreaux brisés, rafistolaient ce qu’ils pouvaient. Mais de nouvelles attaques aériennes étaient à craindre. Alors dans la majorité des cas nos concitoyens, après avoir trouvé refuge chez des amis, à la campagne de préférence, on assista à des départs massifs vers l’intérieur du département et même vers le centre de la France...

http://jcautran.free.fr/oeuvres/tome2/annees_dramatiques.html

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