« Attention ça torpille ! » et «  »Sènté Gamèou !  » : Deux expressions bien seynoises.

Le Torpilleur

vu par Charly

 Lorsque La Seyne (La Seyne-sur-Mer, près de Toulon) devint une cité urbaine, et qu’il fallut procéder chaque jour à l’évacuation des ordures et des vidanges des seaux d’aisance, on vit s’aligner sur les trottoirs devant chaque porte, les poubelles qui voisinaient avec les toupines. C’étaient des véhicules différents qui étaient chargés d’enlever le contenu de ces immondices. Ils ne circulaient pas tous aux mêmes heures et les toupines devaient être sorties juste avant le passage du torpilleur, c’est-à-dire, au petit matin, dès que l’aube pointait.

Le ramassage des ordures ménagères

Le ramassage des ordures ménagères s’effectuait, lui, au moyen d’un tombereau tiré par un cheval et l’employé affecté à ce travail ingrat, armé d’une énorme pelle plate et d’un balai de bruyère, avait pour tache de vider les poubelles et enlever les petits tas d’ordures accumulés par les balayeurs de rue avant son passage.

1905 : Le conseil municipal a reconduit l’attribution du balayage à M. Gamel. Dans ce temps là, chaque manquement à ses devoirs de nettoyage des rues était sanctionné par une forte amende, une menace de retrait de la mission au citoyen Gamel, et faisait l’objet d’un article dans la presse locale…(vendredi 14 Avril 1905 vote au conseil municipal)

Pour la petite histoire, il faut savoir que les Gamel étaient des éleveurs de cochons établis au quartier de Saint-Jean. Propriétaires de vastes terrains agricoles situés entre la route d’Ollioules et l’hôpital, ils recevaient la vidange excrémentielle que l’on y épandait chaque jour. Les émanations qui se mêlaient à celles des porcheries n’avaient pas fait de ce quartier un endroit où l’on aimait flâner. D’où l’expression « Sènté Gamèou » qui signifie « ça sent Gamel » ((=ça pue) énoncée à chaque fois qu’une odeur nauséabonde s’élevait quelque part. C’était devenu systématique. Ps: la terre (le peu qu’il en reste) y est toujours étonnamment fertile.

Bijou offert par M. Gamel à sa femme

Le torpilleur des rues

Le torpilleur était un charreton tiré par un cheval qui collectait, jusque dans les années 30, les toupines déposées le matin dans les rues de la Seyne; Le torpilleur, véhicule hippomobile au XIXe siècle, devint un engin motorisé au milieu du XXe siècle. Mais pourquoi l’appelait-on ainsi ? Probablement parce qu’on le fuyait comme un navire aurait fui face à la menace d’une torpille. La puanteur que répandait ce véhicule constituait une telle agression pour les narines qu’on le considérait comme un danger redoutable, surtout quand un piéton devait le croiser. Ce dernier était obligé d’appliquer un mouchoir sur son nez pour tenter de masquer l’odeur. On disait à ce moment là : « Attention, ça torpille ! » On comprend aisément pourquoi ! Il arrivait parfois que pour éviter de rencontrer le terrible engin de collecte, des travailleurs ratent volontairement le départ du bateau ou du tramway qui les conduisait à leur atelier ou à leur bureau.


« Ce fameux torpilleur était un tonneau monté sur deux roues et avait une contenance de cinq cents litres environ. Il était coiffé d’un entonnoir volumineux, par lequel l’employé versait le contenu d’un gros seau rempli lui-même par le contenu de plusieurs toupines.

Les mêmes gestes inlassablement répétés exigeaient des efforts physiques assez importants. Tous ces transferts ne pouvaient s’effectuer sans éclaboussures, surtout lorsque le mistral soufflait. On comprend pourquoi les passants devaient s’écarter pendant que l’homme effectuait les manipulations nécessaires à ce travail si délicat ! Ce dernier, malgré l’adresse dont il faisait preuve, ne pouvait s’empêcher de mettre ses vêtements dans un état terrible. Son pantalon en velours qui tombait en accordéon sur ses chaussures, son veston boutonné jusqu’au cou, son chapeau de feutre noir, le tout présentait un aspect peu ragoûtant et l’odeur qui s’en dégageait était infecte ! Et quand le gros tonneau que l’on appelait la boute (du provençal « bouta » : tonneau) s’ébranlait sur les pavés disjoints, des giclées du trop-plein s’échappaient par l’entonnoir pour venir s’écraser sur la chaussée. Si le cheval n’avait pas su éviter les trous profonds, le vidangeur furieux l’accablait d’injures.

Les toupines

Les toupines (en clair les pots de chambre) devaient être sorties juste avant le passage du torpilleur, c’est-à-dire, au petit matin, dès que l’aube pointait.

Les toupines émaillées, couvertes d’un disque en bois ou en métal, portant un bouton sphérique sur le dessus, permettant de soulever le couvercle, attendaient sagement le passage de l’employé municipal qu’on entendait arriver de loin car il poussait des jurons caractéristiques. Son cheval n’allait jamais à la cadence qu’il aurait voulu qu’il aille. Parfois, des récipients avaient été renversés par des plaisantins, ce qui ajoutait à la colère du vidangeur et provoquait sa mauvaise humeur.

Ou alors, des retardataires le hélaient, leur toupine à la main. Il leur répliquait sur un ton agressif : – Vous attendrez demain pour vider votre toupine ! – Mais j’en ai qu’une moi de toupine. Comment voulez-vous que je fasse ? – Allez la vider vous-même chez Gamel alors !

Ensuite les ménagères, les yeux gonflés de sommeil, venaient récupérer leur récipient. On assistait alors à des scènes de rues que nos grand-mères nous racontaient en riant. Ces dames s’approchaient délicatement de la toupine, en prenant garde où elles mettaient leurs pieds, tenant les pans de leur peignoir d’une main, et de l’autre une « escoubette », petit balai terminé par un hérisson de chiendent.

Celles qui demeuraient à proximité d’une fontaine, y rinçaient leur toupine sans difficulté. Dans les rues les plus longues, il n’existait qu’un seul point d’eau à une extrémité, les ménagères qui en étaient le plus éloignées apportaient l’eau pour rincer leur toupine de l’intérieur de la maison.

Après avoir nettoyé le récipient avec soin, elles le vidaient directement dans le ruisseau où le liquide stagnait pendant plusieurs jours. On imagine facilement alors ce que les rues pouvaient sentir mauvais et de plus les dangers de cette pratique. Cette eau croupie était un véritable foyer d’infections en tous genres ! « 

(D’après des textes trouvés sur le site-marius-autran.com et arrangés par Nadine de Trans)

Le torpilleur seynois

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La pollution terrestre

 » 1900 : Il est cinq heures !… La Seyne s’éveille

Dès la pointe du jour, la Place du Marché sortait de sa torpeur par le bruit infernal du torpilleur qui brinquebalait sur les pavés disjoints de la rue. Le vidangeur ne descendait pas le marché où l’on allait exposer les beaux fruits, les légumes, les fleurs ; fort heureusement d’ailleurs car les giclées de purin répandaient leur puanteur partout à la ronde.

Il empruntait les rues adjacentes (rue d’Alsace et rue Marius Giran) où l’on faisait obligation aux gens de déposer leurs toupines pour le ramassage.

Toutefois, il ne pouvait éviter les rues Carvin et Cyrus Hugues. Les effluves nauséabonds dispersés après le passage du véhicule, les commerçants matinaux entrouvraient leur magasin avec beaucoup de circonspection, humaient l’air en fronçant parfois les sourcils avant d’accueillir la clientèle ».

Marius Autran

Une seynoiserie en passant : « Passorès » ? ou « Passo-rès » ? Ne passe-t-il personne ?

L’ultime avertissement des ménagères avant de balancer le contenu des vases de nuit par la fenêtre.

La Seyne Toulon même combat ! L’émissaire commun ne sera opérationnel qu’en 1952 !

Le torpilleur toulonnais

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 Il doit s’agir d’un atelier de voilerie et de pavillonnerie de Toulon tenu par deux sardes Ansaldi et Tavolara, confrères de Panisse de Marseille de la trilogie pagnolesque…à noter qu’en plus des odeurs excrémentielles, ça devait aussi sentir la friture car, c’est bien connu, les sardes dinent à l’huile ( Pierre Dac)…

Les agriculteurs appréciaient cet engrais et venaient même demander à l’administration municipale qu’il leur en soit livré à domicile.

Des producteurs imprudents arrosaient directement leurs choux et leurs salades en ajoutant au courant d’eau des casseroles d’engrais humain fixées au bout d’un long bâton. On ne comprenait pas alors le terrible danger que représentaient ces pratiques. Que de morts sont à déplorer pour avoir ingurgité avec les légumes frais les redoutables colibacilles !

(extraits des ouvrages de Marius AUTRAN)

La pollution marine

Pendant longtemps, à La Seyne comme à Toulon, on eut recours aux rejets à la mer. Mais on comprit les dangers de la pollution marine et ses conséquences néfastes sur la qualité des coquillages qui peuplaient abondamment toute la rade (moules, clovisses, huîtres, praires, etc., sans parler de la grande variété des poissons) et donc sur la santé des consommateurs. les aquaculteurs durent affronter une interdiction de la commercialisation des coquillages pendant une dizaine d’années.

Robert de Jouëtte* dut faire face à la suspension de l’élevage des coquillages dans la rade pour insalubrité en 1949, jusqu’à la création de l’émissaire et la construction de la marinière du Pin Rolland en 1952. « La Moule de Toulon » ne reviendra sur le marché national qu’en 1959…

Sources

Très larges inspirations des textes lus chez http://jcautran.free.fr/oeuvres/tome1/toupines.html (à cause de l’odeur)

Le petit Var

Ephémérides Henri Ribot

Alex PEIRÉ par Alfred Guglielmi

René Merle, 1997

Marius Autran, tome 1, 1987

Coll.privées

Photo Louis Baudoin

2 comments

  1. Enfant, mon oncle m’ayant élevée m’a toujours raconté ces histoires que je ne visualisais pas car bien trop jeune. En vous lisant j’entendais sa voix me raconter ces histoires bien réelles.
    Marcel né en 1925 dans la rue Berny à la Seyne.

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