» Pendant l’épidémie désastreuse de 1865, et alors que la plupart des négociants avaient abandonné la ville, un brave et honnête commerçant, le citoyen Rousset , exerçant la profession de boulanger, reste seul de sa corporation pour subvenir aux besoins de ceux qui n’avaient point voulu abandonner leur demeure.

Ce digne citoyen  éprouva de nombreuses pertes et finit par succomber aux atteintes du fléau « .

Nous sommes en 1865.

Ce mardi 5 septembre n’est pas un jour ordinaire. 

 En ce jour sont réunis sur lettres de convocation à domicile en la salle ordinaire du conseil et devant Joseph Esprit Martel maire de la commune nommé par Napoléon III, les conseillers municipaux élus le 23 juillet dernier. 

On y retrouve beaucoup de personnes ayant fait partie du comité électoral démocratique et ayant résisté au coup d’état de 1851* dont l’ancien « jeune garde national » de 1851 Adolphe Barrallier, ainsi que l’un des fondateurs et animateurs du cercle littéraire républicain (un comité de lecture politisé) Jacques Laurent maître boulanger de la rue miséricorde future rue d’Alsace (avec Joseph Rousset maître boulanger du 2 rue du marché, héritiers d’une lignée d’artisans boulangers, et s’inscrivant dans la tradition républicaine de la boulangerie. https://1851.fr/lieux/la_seyne/ ), Balthazard Berny l’instituteur ainsi que d’anciens condamnés à la déportation en Algérie tout comme Barrallier, Jacques Laurent donc, Giraud le potier, Cyrus Probace Hugues* le pharmacien venu de Collobrières lui aussi ancien déporté en Algérie qui deviendra le chef de la faction républicaine locale, ainsi que les autres conseillers municipaux dont Etienne Prat, Jean Louis Mabily, Louis Verlaque, Pierre Lacroix, Louis Curet, Jean François Ferrandin, Lazare Décugis, Honoré Rousset et Nicolas Chapuy. 

Ce jour là tous ont prêté serment et « juré obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur », selon la constitution et le sénatus-consulte de Décembre 1853…

Dès le lendemain une somme de 1000 francs fut allouée « pour subvenir aux besoins que pourrait nécessiter la présence de l’épidémie qui commence à affliger la ville »

À peine élu 2e adjoint le 5 septembre, Nicolas Chapuy fut nommé à la commission hygiène le 8 septembre et mourut du choléra le 21 septembre 1865. (Voir Nicolas Chapuy)

Le 30 septembre meurt Joseph Marie Rousset boulanger, victime de son dévouement…

20 ans plus tard, le 22 du mois d’août 1885

le maire de l’époque, Alphonse-Louis Barré, s’exprime en ces termes :

Messieurs et chers collègues,

«  Pendant l’épidémie désastreuse de 1865, et alors que la plupart des négociants avaient abandonné la ville, un brave et honnête commerçant, le citoyen Rousset , exerçant la profession de boulanger, reste seul de sa corporation pour subvenir aux besoins de ceux qui n’avaient point voulu abandonner leur demeure. Ce digne citoyen  éprouva de nombreuses pertes et finit par succomber aux atteintes du fléau.

Le conseil municipal de l’époque, afin de témoigner sa reconnaissance à celui qui mourut victime de son dévouement décida d’accorder, dans le cimetière une concession perpétuelle au sieur Rousset .

Vu les grandes difficultés de l’époque l’administration n’accomplit pas toutes les formalités exigées et aucun acte ne justifie cette donation.

Aujourd’hui à la suite de fouilles faites au cimetière le corps de ce citoyen vient d’être mis à découvert en conséquence à fin de régulariser une situation qui pourrait susciter des ennuis à sa femme à la famille Du Sieur Rousset j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien décider si la concession citée plus haut doit être accordée.

Le conseil considérant que le citoyen Rousset a fait un acte de dévouement et d’abnégation et qu’il a bien mérité du pays approuve en tous points . L’acte de cession fait en 1869 acte, alloue à ce dernier la concession perpétuelle numéro 265 plan parcellaire dans le cimetière communal. Le conseil prie en outre monsieur le préfet de vouloir bien vouloir revêtir de son approbation la présente délibération et lui donner la suite qu’elle comporte » 

signé au registre des délibérations le maire Alphonse-Louis Barré



Numéro 265 allée 12 Ouest deuxième place Joseph Marie Rousset
né le 29/03/1802 mort le 30 septembre 1865.
Noël Rousset limonadier
(Le café Rousset ex Café Hôtel Restaurant Gaudemard futur Grand Hôtel Central puis La Frégate)




14 nov 1906

Jacques Laurent et Cyrus Hugues seront évidemment membres de la commission municipale installée dès la chute de l’Empire, le 4 septembre 1870, commission qui baptise aussitôt boulevard du 4 septembre le boulevard Fleury, le boulevard résidentiel de la ville.

La rue Joseph Rousset existe toujours; anciennement rue des magasins,elle aurait pu s’appeler rue Armand Vallé :

La rue François Ferrandin a failli s’appeler rue Robespierre, la rue Jean Louis Mabily rue Jean Bart, la rue Joseph Rousset (ex rue des magasins) rue Armand Vallé (un révolutionnaire guillotiné en place publique à Toulon en 1822), la rue Etienne Prat rue de la révolution, la délibération du 26 septembre 1905 ayant été annulée et remplacée par celle du 20 novembre 1909, Jean Armand étant maire de la commune… 

*Le coup d’État du 2 décembre 1851 est l’acte par lequel, en violation de la légitimité constitutionnelle, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.



Devant un buste tutélaire de l’empereur Napoléon Ier, le président Louis-Napoléon Bonaparte (à droite) délivre ses instructions aux conjurés dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851. De gauche à droite : son secrétaire Mocquard tient la liste des personnes à arrêter, le général de Saint-Arnaud (voir plus bas Michel Pacha ce « héros ») tient les ordres militaires destinés au maréchal Magnan, Morny (par ailleurs demi-frère du président) glisse dans sa poche le décret le nommant ministre de l’Intérieur tandis que Persigny se tient fidèlement en retrait.
Estampe de Philippoteaux, gravée par E. Leguay, 1853.
source Wikipédia

*Cyrus Probace Hugues (voir Cyrus Hugues : la statuette de Victor Hugo offerte par ses amis de la démocratie seynoise à l’occasion de sa nomination au titre de chevalier de la Légion d’Honneur le 14 juillet 1880)

Sources :

Archives communales, 1851.fr, Wikipédia, Coll. privées.

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